ASSIMILATION AU CONSEIL D'ÉTAT
disparaîtrait la section de la Guerre au Conseil d'État, puisqu'il prendrait toutes les attributions de cette section, aussi bien les règlements d'administration publique en matière militaire que les recours des parties se croyant lésées par l'État. Ce conseil supérieur devait se subdiviser en sections, correspondant aux grands services de l'armée, infanterie, cavalerie, génie, artillerie, administration, etc. Les membres de ce conseil, choisis parmi les généraux de division, devaient être de véritables conseillers d'État militaires, représentant les traditions et l'esprit de l'armée. Mais, à côté de ces gardiens de la tradition, il fallait introduire les éclaireurs des idées nouvelles. On a dit que, pour ne pas être prise au dépourvu, une nation doit changer tous les vingt ans de système militaire. La formule est peutêtre un peu trop absolue; cependant il est inadmissible que l'armée reste stationnaire en un temps où la science, et derrière elle l'industrie, marchent à pas de géant. Je me rappelais qu'il nous avait fallu une guerre pour admettre le fusil à tir rapide, une autre guerre, hélas ! pour admettre le canon se chargeant par la culasse, et je ne voulais pas que nous eussions besoin d'une troisième guerre pour admettre de nouvelles inventions et de nouveaux progrès. Au-dessous des généraux de division, j'introduisais dans le conseil des généraux de brigade, plus jeunes, plus ambitieux, plus ouverts aux nouveautés, chargés de rédiger les rapports et de les présenter au conseil, avec voix consultative, quelque chose comme les maîtres des requêtes au Conseil d'État. Enfin, pour que l'analogie f6t complète, je créais de véritables auditeurs, en les prenant parmi les chefs de bataillon et d'escadrons et même parmi les capitaines, et en les chargeant de la préparation des travaux, de la rédaction des comptes rendus, des fonctions de secrétaires. Les comités d'armes étaient maintenus, mais Mrésidésde droit par les membres du conseil, et chaînés
présidés de dron
d'étudier les questions techniques intéressant chaque arme, et de les rapporter ensuite devant le conseil qui les fondrait dans un ensemble harmonieux. Car il est peu de questions techniques qui n'intéressent pas plusieurs armes à la fois. Et puisque, dans la guerre, tout le monde doit concourir à la conquête de la paix par la victoire, il me paraît logique que, dans la paix, tout le monde concoure à la préparation de la guerre. Le seul danger de ma combinaison était l'amoindrissement de l'autorité ministérielle par les empiétements d'une institution qui aurait peut-être eu des tendances à dégénérer en un conseil aulique, assumant tous les pouvoirs. Mais il aurait appartenu aux ministres de ne pas se laisser dépouiller.
L'affaire, d'ailleurs, en resta là. Mon rapport n'eut pas les honneurs de la discussion. Cependant j'étais convaincu, et je le suis encore, qu'il y a sur ce point d'heureuses modifications à apporter à l'état de choses actuel.