‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 207 sur 285 · MA CHUTE · texte numérisé non relu

MA CHUTE

Chef d'armÉe, chef de natLon. — Frais de service. — Derniers Ira. vaux, — Cinq millions d'économies. — Les infortunes d'un minislre, ^ Épousera-t-il ? — Les volontaires de la Gironde. — Une réception fraîche. — Récapitulation. — Les erreurs des ministres. — Le Maréchal à Tours. — Les chevau-légers se vengent. — Dernière sortie. — Comme devant.

L'armée est un être vivant composé d'un corps et d'une âme. Elle a des intérêts matériels ; elle a des intérêts moraux. Et les hommes qui sont investis de la

ible mission de la représenter, de la défendre et de la gouverner, doivent s'occuper de son âme aussi bien que de son coqjs , de ses intérêts moraux aussi bien de ses intérêts matériels. En temps normal, le ministre de la Guerre peut se confiner davantage dans la matérialité des choses, et laisser au commandement le souci de surexciter par tous les moyens le moral de l'armée. J'appelle temps normal, au point de vue militaire, les époques pendant lesquelles l'homme qui gouverne réellement l'État commande effectivement l'armée. 11 serait puéril de chercher à démontrer qu'un prince, un souverain doit être avant tout un soldat. La monarchie est née des conditions imposées aux peuples par leurs désirs de conquête d'abord, et ensuite par leur besoin de se défendre. Elle est donc à la fois fille

et mère des armées, et elle meurt de la rupture des liens qui l'attachent aux armées.

En France, cette rupture a commencé sous Louis XV. Elle était définitive sous Louis XVL Et c'est elle qui livra cet infortuné et apathique monarque aux mains de ses ennemis. C'est parce que Louis XVI n'avait rien de militaire, dans le caractère ni dans les habitudes, qu'il échoua dans la plupart de ses entreprises et, notamment, dans ce stupide voyage jusqu'à Varennes, qui aurait dû s'accomplir à franc étrier, et qui fut entrepris processionnellement au moyen d'une sorte de diligence, dont les dimensions, les formes suffisaient à indiquer la famille royale à tout le monde. C'est parce que Louis XVI n'avait rien de militaire qu'il n'eut jamais aucune influence sur l'armée, ni même sur cette caricature de l'armée qu'on appelle le garde national. S'il avait eu un atome d'esprit militaire, jamais il n'eût écouté Rœderer lui offrant, le matin du lo Août, de se réfugier à l'Assemblée, c'est-à-dire d'aller à l'abattoir, près d'une heure avant que les hostilités eussent été entamées, alors qu'autour du Roi se trouvaient des forces suffisantes pour le défendre, et pour infliger à l'émeute un sanglant échec, dont les conséquences eussent pu être incalculables. Jamais peut-être le malheureux homme ne donna un commandement militaire, avant ce billet au crayon qu'il écrivit, lorsqu'il était déjà renfermé dans la loge du logographe, pour interdire aux Suisses de tirer.

Quelques jours auparavant, — et c'est là, je crois, un épisode peu exploité de l'histoire de la Révolution, — quelques jours auparavant, au mois de juillet 1792, c'est-à-dire après le 20 juin, après le jour où il avait subi l'humiliation de voir la canaille parisienne traverser les Tuileries de ses flots fangeux, et d'être obligé d'arborer l'ignominieux bonnet rouge, Louis XVI passa en revue une partie de la garde nationale parisienne.

Page 1