‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 218 sur 285 · UN HOMME HEUREUX · texte numérisé non relu

UN HOMME HEUREUX

épiait un prétexte d'achever la France qu'il se repentait d'avoir laissée trop vivante. Et rien dans sa carrière, tout entière passée dans les états-majors ou au milieu des troupes, ne l'avait préparé à tenir tète à ces difficultés intérieures et extérieures. Mais son titre de président du Conseil n'était que décoratif, et le ministre dirigeant dans le nouveau cabiijet devait être le duc Decazes, qui sut se tirer très habilement de difficultés sérieuses, ignorées du public, lorsqu'elles survinrent, et dévoilées depuis.

J'aurais pu tout demander à mon successeur, il m'eût tout accordé, tant il était désireux de faire partager à tout le monde l'excès de son bonheur. Il savait que ma préoccupation favorite était la refonte complète du règlement de la cavalerie. Il me proposa de me donner sous un litre quelconque , celui de premier inspecteur par exemple, la haute direction de toute mon arme, que je passais pour bien connaître, avec le rang et les prérogatives d'un commandant de corps d'armée. Mais j'ai toujours eu la plus grande répugnance pour les situations anormales, indécises, non prévues par les règlements, dont les droits mal définis donnent naissance à des contestations et à des conflits. Et, tout en remerciant le nouveau ministre pour sa bonne volonté, je préférai me conformer au désir du Maréchal et redevenir ce que j'étais avant mon passage au pouvoir, en remplaçant le général de Cissey dans le commandement du 9" corps d'armée, à Tours. Mon quartier général se trouvait assez près de Paris, pour que je pusse mener de front les occupations de mon nouveau commandement et la réfection du règlement des manœuvres de cavalerie. Aussi bien que le Maréchal, le général de Cissey jugeait indispensable et urgente cette dernière réforme, et tous deux devaient me prêter le concours le plus sincère.

J'arrivai à Tours pour y prendre mon commandement,

juin 1874. J'avais pour chef d'état-major généra] ,e général Foy, le fils du grand orateur de la Restauraion. Nous nous étions rencontrés une première fois, à aurore de notre carrière, tous deux lieutenants en 848. alors qu'il était le brillant officier d'ordonnance du duc d'Aumale, gouverneur général de l'Algérie, et nous nous retrouvions au déclin de la vie. Il avait épousé une femme pleine d'intelligence et de cœur, fille de Mme Piscatory, sa propre sœur. J'allais avoir bientôt le chagrin de le perdre, car il mourut en 1878 d'une angine de poitrine. Dans mon état-major particulier figuraient mon aide de camp , le capitaine Meynier, et à titre exceptionnel, comme officier d'ordonnance, le commandant de Jessé, mon précieux collaborateur dans la rédaction du nouveau règlement. Le capitaine Meynier possédait tout ce qui fait aimer la vie, une jeune femme adorable, une grande fortune, la perspective d'un bel avenir militaire. Parvenu plus tard au grade de lieutenant-colonel et attaché militaire à l'ambassade de France à Madrid, il a été subitement emporté par une maladie de foie contractée pendant ses voy^es dans les pays chauds.

Comme presque tous les corps d'armée, à cette époque oii leur nouvelle organisation ne datait encore que de huit mois, le mien n'était pas encore régulièrement constitué. Quelques-unes des troupes qui auraient dû figurer dans ma circonscription séjournaient encore à proximité de la frontière de l'Est, et quelques autres qui appartenaient à d'autres corps d'armée se trouvaient encore sur mon territoire. 11 fallait attendre, pour caser tout le monde à sa place, l'achèvement des casernes que les villes s'empressaient de construire pour leurs nouvelles garnisons. Mes deux divisions d'infanterie étaient la 17* et la i8', commandées par le général Metman et par le général Fauvart-Bastoul, qui, tous deux, avaient appartenu à l'armée de Metz.

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