‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 219 sur 285 · LE NEUVIÈME CORPS D'ARMÉE · texte numérisé non relu

LE NEUVIÈME CORPS D'ARMÉE

Ancien colonel aux grenadiers de la Garde, le général Metman avait commandé, au siège de Metz, une division du 3* corps. 11 avait son quartier général à Sedan, en attendant qu'il pût le transporter à Châteauroux. Sa division comprenait les 33* et 34* brigades d'infanterie. Dans la 33" brigade figuraient le 6S' d'infanterie, colonel Dardier, en garnison k Givet avec son dépôt à Issoudun ; le 90*, colonel de Brem, en garnison àSedan avec son dépôt àChâteauroux. Elle avait pour chef le général Henry. La 34" brigade contenait le 114* de ligne, colonel de Maureilhan de Polhès, en garnison à Montmédy avec son dépôt à Châtellerault; le 125' de ligne, colonel Sabattier, en garnison à Poitiers, son séjour normal. Elle avait pour chef le général Nayrai.

Fils et petit-fils d'officiers généraux, le général Fauvart-Bastoul, mon second divisionnaire, dont le père commandait le i" régiment de cuirassiers, quand le maréchal de Mac Mahon y vint faire son stage d'officier d'état-major, avait remplacé à la tête de sa division le général B.ilaille, grièvement blessé à Borny. Sa division comprenait les 35* et 36* brigades d'infanterie. La 35' brigade contenait le 33" de ligne, colonel Thibaudin, provisoirement à Angers, en attendant l'achèvement de sa caserne à Tours, et le 60* de ligne, colonel Bardin, à Tours. Elle avait pour chef le général de Gramont. 1-a 36' brigade était provisoirement au camp de Châlons. Elle contenait le 77* de ligne, colonel Sautereau, et le 135* de ligne, colonel Dufour d'Antist. Elle avait pour chef le général Bounetou. Le bataillon de chasseurs à pied du corps d'armée était le 13", stationné à Tours sous les ordres du commandant de Revanger. Depuis, on a détaché les bataillons de chasseurs à pied des corps d'armée, et on a trouvé pour cette troupe d'éHte des positions plus judicieuses à la frontière et dans les Alpes.

Le corps d'armée comprenait en outre une brigade de cavalerie, la g', commandée par le général de Boërio et réunie à Tours. Elle contenait le 2* régiment de chasseurs, colonel baron Petîet; le 3* de dragons, colonel Barbut. Le colonel Barbut est une vieille connaissance pour mes lecteurs. Je leur ai raconté dans ta première série de ces Souvenirs comment, maréchal des logis chef de l'escadron du capitaine Gentil de Saint-Alphonse, il avait survécu au désastre de Sidi- Brahim, et comment il avait échappé au massacre général ordonné par Abd-ei-Kader, en se faisant passer pour un officier, grâce au double galon cousu sur sa manche .

La 5' brigade de cuirassiers, destinée à faire partie d'une division indépendante, était aussi stationnée sur le territoire du 9' corps. Elle était commandée par le général Bouttier et contenait le 7" de cuirassiers, colonel Boré-Verrier, et le 10', colonel luncker, à Angers.

La brigade d'artillerie, commandée par le général de Bar et formée du 20*, colonel Mallarmé, et du 33', lieutenant-colonel Liégeard, était réunie à Poitiers. Un peu plus tard, le 2* régiment de pontonniers fut créé à Angers, où il trouva les ressources nécessaires à son instruction. Le directeur du génie était le colonel Lévy, qui est parvenu rapidement au grade de général de division.

Les services accessoires comprenaient le g* escadron du train, à Châteauroux, et les 9" sections de secrétaires d'état-major, des commis et ouvriers militaires d'administration, à Tours. Enfin, je retrouvai un de mes camarades aux spahis, ie colonel Perottin, qui commandait la légion de gendarmerie.

Telle était la composition du g" corps. Pendant les cinq ans qu'il passa sous mon commandement, il fut complété par la rentrée des corps détacllés, et quand je le quittai, tout y était en ordre définitif. Sur son ter-

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ritoire se trouvaient des établissements militaires importants, qui relevaient de mon commandement pour la discipline générale, sans que j'eusse à m'immiscer dans leur régime intérieur : l'école de cavalerie de Saumur, le camp du Ruchart avec son école de tir, la manufacture d'armes de Châtellerault, la poudrerie du Ripault, sans compter l'école de Saint-Maixent, pour les élèves officiers d'infanterie, qui devait recevoir le personnel du camp d'Avor.

Mon premier soin, en arrivant dans mon commandement, fut d'inspecter les troupes stationnées sur mon territoire, remettant à plus tard l'inspection de celles qui étaient détachées sur le territoire du 6' corps. Au mois de septembre, j'allai recevoir à Angers le Maréchal qui revenait d'un voyage dans les provinces de l'Ouest. Nous reçûmes l'hospitalité du préfet d'Angers, M. Merlet, homme aimable, qui nous hébergea dans sa préfecture, un ancien couvent. Arrivé à sept heures dans la soirée, le Maréchal commença le lendemain ses visites officielles par ta cathédrale. Il trouva sur le parvis Mgr Freppel qui lui adressa quelques paroles impératives et sacerdotales, pour lui expliquer les devoirs qu'il avait à remplir, comme chef du gouvernement. Le ton tranchant de cette homélie me déplut assez, je l'avoue, et, au déjeuner officiel qui suivit, le hasard m'ayant placé aux côtés de l'Evêque, j'attendis pour lui parler qu'il rompît le premier la glace. 11 faut croire que mon attitude dans la question des aumôniers militûres m'avait aliéné ses sympathies, car il se tint raide comme sa crosse, et le repas se passa sans que nous eussions échangé un mot. Ce fâcheux début nous éloigna pour toujours l'un de l'autre, et je le regrettai, car son talent me plaisait, et j'aimais assez ses allures combatives, quand il choisissait d'autres plastrons qu'un maréchal de France.

En quittant Angers, le Maréchal me prescrivit de

faire exécuter de grandes manœuvres au 9* corps pendant une quinzaine de jours. Sous l'Empire, les grandes manœuvres s'exécutaient sur des terrains préparés d'avance, comme les camps de Châlons et de Lannemezan. Pendant mon ministère, on avait teatf le premier essaî de grandes manœuvres sur des terrains variés, dans la vallée du Rhône, sous la directioa du général Bourbaki, et avec un plein succès. Depuis, on a agrandi le procédé, et aujourd'hui l'on manœuvre partout, en indemnisant raisonnablement les propriétaires des terrains que foulent les troupes. Les grandes manœuvres ne sont qu'une image bien affaiblie de la guerre, puisque l'imprévu et le danger y manquent toujours, et puisque le calcul des résistances qu'on peut rencontrer y est forcément faux; car, pour l'établir, on ne peut pas tenir compte de ce facteur moral qui décide des victoires.

Comme l'a écrit M , Thiers, à propos des combats où les six mUle hommes du généra! Dupont battirent les trente mille hommes du général Mack à Haslacb et à Albeck : « C'est qu'aux grands généraux il faut àe grands soldats. Les plus illustres capitaines ont souvent besoin que leurs troupes réparent, par leur héroïsme, ou les hasards de la guerre, ou les erreurs que le génie lui-même est exposé à commettre, d Eh bien, dans les grandes manœuvres, le facteur moral n'intervient pas, et les simulacres de bataille ne sont bons qu'à amuser la galerie et à intéresser les soldats, au point de leur faire oublier leurs fatigues. Mais ce que les manœuvres enseignent, c'est le service de sûreté et de reconnaissances, c'est le calcul des marches, c'est le temps nécessaire pour passer de l'éparpillement des cantonnements à la concentration. Elles habituent les chefs à manier des effectifs considérables, à faire parvenir leurs ordres en temps utile, à choisir des positions judtcieuses- Enfin elles constituent une bonne école pour l'Admi-

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