‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 222 sur 285 · DERNIÈRE ÉTAPE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE ÉTAPE

Un homme heureux. — Le 9* corps d'armée. — Mgr Freppcl. — Choix et ancienneté. — Le règlement de 1876. — DiflScultés. — Les manœuvres de Bléré. — Cuirassiers et dragons. — Mes contradicteurs. — Le général Berthaut. — Médecins militaires. — La guerre russo-turque. — Le 16 Mai. — Pouvait-on réussir? — Tournées présidentielles. — Quelques misérables. — Se soumettre ou se démettre. — Se soumettre et se démettre. — Suprême assaut. — Le Maréchal ! — Un grand méconnu. — Dernier adieu.

Lorsque, au mois de mai 1873, j'étais allé annoncer au général de Cissey que je le remplaçais comme ministre, j'avais trouvé un homme abattu, accablé. Lorsque, au mois de mai 1874, il vint reprendre de mes mains le portefeuille que j'avais pris des siennes, je vis un homme rayonnant. C'est goûter doublement les jouissances du pouvoir que de les retrouver par un coup inopiné du sort, alors qu'on les regrettait, après avoir cru leur dire un adieu définitif. Outre le ministère de la guerre, le général de Cissey recevait la présidence du Conseil et succédait au duc de Broglie. Il allait se trouver aux prises avec une Assemblée souveraine dans laquelle, grâce aux élections partielles, la majorité passait doucement de droite à gauche. Il allait se trouver en face d'une Europe dominée par le génie du prince de Bismarck, qui, loin d'avoir désarmé.

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épiait un prétexte d'achever la France qu'il se repentait d'avoir laissée trop vivante. Et rien dans sa carrière, tout entière passée dans les états-majors ou au milieu des troupes, ne l'avait préparé à tenir tête à ces difficultés intérieures et extérieures. Mais son titre de président du Conseil n'était que décoratif, et le ministre dirigeant dans le nouveau cabiijet devait être le duc Decazes. qui sut se tirer très habilement de difficultés sérieuses, ignorées du public, lorsqu'elles survinrent, et dévoilées depuis.

J'aurais pu tout demander à mon successeur, il m'eût tout accordé, tant il était désireux de faire partager à tout le monde l'excès de son bonheur. Il savait que ma préoccupation favorite était la refonte complète du règlement de la cavalerie. Il me proposa de me donner sous un titre quelconque, celui de premier inspecteur par exemple, la haute direction de toute mon arme, que je passais pour bien connaître, avec le rang et les prérogatives d'un commandant de corps d'armée. Mais j'ai toujours eu la plus grande répugnance pour les situations anormales, indécises, non prévues par les règlements, dont les droits mal définis donnent naissance à des contestations et à des conflits. Et, tout en remerciant le nouveau ministre pour sa bonne volonté, je préférai me conformer au désir du Maréchal et redevenir ce que j'étais avant mon passage au pouvoir, en remplaçant le général de Cissey dans le commandement du g* corps d'armée, à Tours, Mon quartier général se trouvait assez près de Paris, pour que je pusse mener de front les occupations de mon nouveau commandement et la réfection du règlement des manœuvres de cavalerie. Aussi bien que le Maréchal, le général de Cissey jugeait indispensable et urgente cette dernière réforme, et tous deux devaient me prêter le concours le plus sincère.

J 'arrivai à Tours pour y prendre mon commandement,

épargné. Je dus subir l'opposition enragée de certains généraux, placés par leur ancienneté à la tète de l'armée, et refusant énergiquement de se remettre à apprendre un règlement qui, malgré sa simplicité, dérangeait leurs vieilles habitudes. L'un d'eux, le général de Bonnemains, écrivait au ministre de la Guerre une lettre qui me (ut communiquée, et dans laquelle il lui disait que c'était porter une main criminelle sur un monument indestructible, que de toucher au règlement de 1829. Et plus loin il ajoutait : « Ce n'est pas quand un règlement, qui date de quarante-six ans, n'est pas encore bien su que l'on peut songer à le changer. ■

Je répondis au ministre que c'était ta, en effet, un argument que je n'avais pas eu l'idée d'employer, maïs que je remerciais le généra! de Bonnemains de me l'avoir fourni; car dire d'un règlement qu'il n'est pas encore connu, après quarante-six ans d'application, c'est avouer qu'il doit être modifié sur l'heure.

Le règlement nouveau fut complètement terminé en 1876. Je le signai, et le ministre de la Guerre, au lieu d'en ordonner l'expérimentation dans quelques régiments, comme c'était l'habitude pour des travaux de ce genre, en rendit l'application immédiatement exécutoire dans toute la cavalerie, sans même demander aux généraux et aux colonels de lui faire connaître leur opinion personnelle par un rapport spécial après l'expérience. La clarté, la simplicité, la facilité d'exécution de ce règlement, la souplesse des manœu^Tes qu'il prescrivait et qui s'adaptaient à tous les cas possibles à la guerre, lui rallièrent bientôt le sentiment unanime de toute la cavalerie. Et les fervents adorateurs du règlement de 1829 furent réduits au silence.

Au reste, le ministre, pour répandre plus rapidement les principes nouveaux , avait ordonné que tous les régiments de cavalerie envoyassent à Tours un officier supérieur, colonel ou lieutenant-colonel, afin d'assis:

t-colonci, afin d'assist(^^

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