‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 223 sur 285 · LES MANŒUVRES DE BLÉRÉ. J · texte numérisé non relu

LES MANŒUVRES DE BLÉRÉ. J

à des manœuvres de division, d'après la nouvelle théorie. Ces manœuvres, que je dirigeai et qui sont connues dans la cavalerie sous le nom de « manœuvres de Bléré », eurent lieu non loin de la station de Bléré, dans le voisinage de l'Indre, et sur un terrain assez tourmenté, choisi précisément pour marquer leur différence d'avec les manœuvres anciennes qui exigeaient des terrains préparés et débarrassés de tout obstacle. Encore qu'elles apportassent une perturbation complète et radicale dans des habitudes anciennes et profondément enracinées , elles s'accomplirent le plus facilement du monde. Elles étaient,chaque jour, précédées d'une explication claire, concise, donnée par le général L'Hotte, mon collaborateur, et qui était un commentaire lumineux des principes sur lesquels s'appuyait le nouveau règlement. J'insistai tout particulièrement sur la différence radicale qui existait entre l'ancienne division de cavalerie à deux brigades et la nouvelle, constituée à trois brigades. L'ancienne était un corps rigide dont toutes les unités, soudées ensemble, s'ébranlaient à un seul commandement pour exécuter une seule évolution, tandis que la nouvelle, avec ses trois brigades et ses deux batteries d'artillerie, était un corps complet dont chaque élément avait un rôle particulier à remplir et, par conséquent, une manœuvre spéciale à exécuter. Donc, plus de livret de commandement, plus d'évolutions générales à ordonner par le divisionnaire, mais bien des dispositions à indiquer, auxquelles chaque général de brigade se conformait pour son compte particulier, en commandant une manœuvre spéciale, nécessitée par l'hypothèse admise. Et je pensais que si notre visiteur de 1866 au camp de Châlons, le général sir Hope Grant, eQt été là, il aurait été content, car on ne riait plus de 1' « hypothèse »,

La division qui exécuta les manœuvres de Bléré, sous mon commandement, était ainsi composée :

Il buua niuii tuiii

r* brigade : général de Boêrio ; 2* brigade : général Charreyron ; 3' brigade ; général de Latheulade.

Ces manœuvres de Bléré furent décisives et péremptoires. J'avais établi, pour les diriger, mon quartier général au beau château de Reignac. près de l'Indre, chez M, Muller, brave et excellent homme qui avait fait une fortune colossale dans le commerce aux Etats- Unis.

S'il m'avait fallu beaucoup de peine pour vaincre les résistances apportées à l'application du nouveau r^lement; si cette initiative m'avait créé de nombreuses inimitiés, je ne devais pas avoir moins de peine à défendre plus tard mon œuvre, car on s'acharna contre elle, lorsqu'elle fut vivante, comme on s'était acharné contre elle, avant même qu'elle naquît. Des gens qui, certainement, auraient réalisé les mêmes réformes que moi, s'ils étaient arrivés avant moi, voulurent me disputer le mérite de mes travaux, et comme, dans l'intervalle, la politique, dont je m'étais toujours pourtant abstenu, m'avait frappé injustement; comme cette politique, impitoyable pour moi, n'avait que des sourires pour eux, ils me dépouillèrent du fruit de mon travail. Et, se donnant pour des réformateurs de la cavalerie, ils signèrent un règlement de 18S1 qui n'est que la copie de mon règlement à moi, qui ne contient pas une idée nouvelle, pas une réforme oubliée par mes collaborateurs et moi. Enfin, pour pousser jusqu'au bout le cynisme de l'imitation, ils organisèrent, comme je l'avais fait en 1876, des grandes manœuvres de cavalerie dont pas un général, pas un colonel, n'osa se désintéresser. Je dois avouer, cependant, que leurs manœuvres différèrent des miennes, sinon matériellement, au moins intellectuellement, car on y traita deux questions qu'on n'aurait pas osé soulever devant moi, sans que j'y répondisse par un haussement d'épaules.

Le premier sujet traité fut celui-ci. U conviendrait

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