‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 43 sur 285 · LE FANTOME DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LE FANTOME DE MAXIMILIEN

Pour tout homme de bon scds, le départ de l'année française devait enlr^ner le départ de l'empereur Maximilien. Lui-même l'avait compris, car il avait suivi nos dernières troupes jusqu'à Orizaba, comme s'il eût voulu partir avec elles, A Orizaba, les chefs de SCS partisans, les généraux Méjia, Miramon, Marquez, se jetèrent à ses pieds et le supplièrent de rester. Il crut son honneur engagé à ne pas abandonner le parti qui s'était compromis pour lui, et il se décida à retourner à Mexico. C'était une folie chevaleresque, un sacrifice sublime, qui avaient leur source dans les plus nobles sentiments de l'âme humaine. Le maréchal Bazaine aurait dû comprendre la grandeur de cette immolation, mais jamais il n'aurait dû la permettre. Mieux que personne, il connaissait l'état exact des choses mexicaines. Mieux que personne, il connaissait la faiblesse du parti impérialiste, le peu de solidité des dévouements qui entouraient l'Empereur, l'inconsistance de l'armée impériale mexicaine, en dépit de ses quelques cadres français. Mieux que personne, il savait cette armée incapable d'assurer la pacification du pays et d'obtenir des résultats que lui, maréchal de France, avec de vieilles troupes, il n'avait pu atteindre. Mieux que personne, il savait que le succès était impossible, Mieux que personne il connaissait le caractère implacable de Juarez altéré de vengeance, et celui de ses partisans qui seraient d'autant plus impitoyables, dans la victoire, qu'ils n'avaient pas su faire la guerre autrement que par le pillage, le vol, l'incendie et l'assassinat. Mieux que personne, par conséquent, il savait d'avance qu'une catastrophe était inévitable. Aussi son devoir strict était-il de l'empêcher à tout prix et d'employer pour cela le seul moyen efficace, la force, si les raisonnements avaient échoué devant la ténacitédu Souverain. Il devait dire à l'empereur Maximilien : n J'admire Ihéroïsme qui vous porte à partager le sort de ceux

qui vous ont acclamé, mais je veux dégager ma responsabilité et celle de la France. Vous êtes venu ici sous les plis de notre drapeau. Si un malheur, trop facile à prévoir, vous y arrivait, ce serait Thonneur de la France et le mien qui en répondraient devant l'Histoire. Vous m'obligez à commettre un attentat contre votre personne; je le commets. Vous êtes mon prisonnier. Je débarquerai Votre Majesté sur tel point de l'Europe qu'elle me désignera, et s'il lui plaît, une fois libre, de recommencer l'aventure, elle sera seule à en subir les conséquences matérielles et morales. »

Je sais bien qu'en agissant ainsi, le Maréchal n'aurait pas échappé à toute critique; on n'y échappe jamais. Mais au moins, l'aventure mexicaine se serait terminée par une coupure franche, opérée par nousmêmes, et non par cette tragédie lamentable dont le second Empire a dû porter le poids funèbre, qui est venue s'ajouter au mécontentement produit par de nombreuses pertes d'argent parmi les souscripteurs des emprunts et qui, habilement exploitée, par une opposition infernale, a, plus que ces pertes elles-mêmes, aliéné à Napoléon III une partie de l'opinion publique. Quant au maréchal Bazaine, il n'était pas revenu du Mexique en triomphateur, et, pour lui marquer son mécontentement, le gouvernement impérial l'avait privé, à son retour, des honneurs auxquels lui donnaient droit les règlements militaires. Il était maintenu dans une sorte de disgrâce qui allait faire affluer vers lui les sympathies de l'opposition. C'est à ces sympathies qu'il dut d'être désigné et imposé à l'Empereur, plus tard, comme généralissime de l'armée du Rhin. Et à ce titre, cette opposition doit partager la responsabilité des malheurs qu'amena l'impéritie de son commandement.

Aujourd'hui, de cette épopée si mal terminée que j'ai racontée, au moins pour la part modeste que j'y ai

LA FOLtE D'UNE IMPÉRATRICE. 105

prise, U ne reste plus rien, que la pauvre impératrice Charlotte. Nature ardente, exattée et poétique, elle «Lvait entraîné son mari vers cette couronne impériale c^ui brillait au delà des océans. Femme amoureuse et dévouée, elle avait voulu lutter pour lui. Elle était ■\-enue demander aux Tuileries le maintien du corps d'occupation, l'appui sans limite de la France en faveur de Tempire naissant. L'Empereur avait été bon, affectueux, triste, mais inflexibie. En sortant de son cabinet, elle avait subi une première attaque de folie que sa courte durée permit de dissimuler. Désespérant de la France, cette femme qui voulait soulever un monde était allée demander le secours de la Chrétienté. Elle ne put pas convaincre davantage le pape Pie IX qu'elle n'avait pu convaincre Napoléon III, Alors, ce fut fini, sa raison s'envola. A ce second accès , il fallut bien avouer que l'impératrice Charlotte était tombée en démence. On la ramena chez ses parents, à Bruxelles, d'oii elle n'est plus sortie.

Et, de cet empire éphémère, il ne reste plus aujourd'hui qu'une pauvre femme folle qui hurte, la nuit, dans les couloirs d'un château royal.

l'empire libéral

Pourquoi libéral ? — M. Rouher. — La garde mobile. — Le maréchal Niel. — Une série à Compiègne. — Valses et Charades. — Entre invités. — Emile Ollivier. — Le prince Pierre Bonaparte.

— Le Plébiscite. — Une inspection générale. — Nos smalahs. — Mon ancien escadron. — Retour h Laghouat. — C'est la guerre I

— En route.

Je connais des gens qui se posent encore cette question, sans avoir pu la résoudre : a Pourquoi le second Empire a-t-il évolué de rautoritarisme vers le libéralisme? Pourquoi, après avoir conquis les masses qui lui restaient fidèles, qui n'éprouvaient pas le besoin de la liberté parlementaire, qui ne la demandaient pas, qui se contentaient parfaitement de cette somme déjà considérable de liberté qui résulte de l'application du principe d'égalité en matière politique ; pourquoi a-t-il menti à ses origines, en s'efforçant de conquérir une élite intellectuelle, qui a immédiatement tourné contre lui les armes qu'il venait d'abandonner? »

Pourquoi? Pour plusieurs raisons. D'abord, un régime militaire ne se soutient que par la victoire. Avec la victoire on a tout, y compris l'adhésion enthousiaste de ceux qu'on immole pour l'atteindre. Quand la victoire fléchit, il faut obtenir ce consentement par

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