LE MARÉCHAL NIEL
ans et demi de grade et que des brigadiers, moins anciens que moi, l'eussent déjà décrochée. J'écrivis au maréchal de Mac Mahon pour le remercier. Il me répondit pour m 'exprimer ses regrets de n'avoir pas réussi, et pour me promettre que la première vacance dans le commandement d'une des trois provinces me serait réservée. Dix-huit mois me séparaient encore du grade dégénérai de division.
Ou a dit que la mort du maréchal Niel avait été une des grandes causes de nos désastres, parce qu'avec lui disparut le plan de campagne auquel j'ai fait allusion plu5 haut. Je ne !e crois pas. Nous allions être vaincus, parce que le grand ressort était faussé, sinon brisé, et parce que le mirage d'alliances irréalisables nous a «posés à des premiers revers qui ont pesé irrésistiblement sur tout le reste de la campagne.
Autour du cercueil du Maréchal, et avant même que le convoi eût quitté le Ministère de la guerre, on discutait le choix de son successeur, et j'entendis avec surprise prononcer le nom du maréchal Bazaine, qui ivait pourtant fini par obtenir le gouvernement de Nancy, Sa candidature, je l'ai su depuis, avait été imaginée dans l'entourage même de l'Kmpereur. Le Maréchal, depuis son retour du Mexique, était en coquetterie réglée avec l'opposition, qui l'avait adopté et lui vantait sans se lasser sa haute intelligence; et les profonds politiques qui menaient vers sa fin l'Empire démantelé avaient rêvé do faire cette niche à l'opposition, de lui ravir le militaire illustre sur lequel elle sem- Wait compter. Ce plan enfantin échoua. D'ailleurs, le maréchal Bazaine ne s'y prt^ta point, et ce fut le maréchal Le Bœuf qui vint de Toulouse recueillir, U'abord le portefeuille, et bientôt le bâton du maréchal Niel.
Sa nomination fut généralement bien accueillie. 11 =tait très populaire dans l'armée, ayant tout ce qui plïlt au soldat : courage brillant et sang-froid impertur-
bable, belle prestance militaire, physionomie franche, ouverte et martiale, manières pleines de rondeur et de bonhomie. Il reçut lui-même avec joie le pouvoir dont il allait si durement sentir les épines.
Mais avant d arriver au récit des jours sombres, on me pardonnera d'évoquer encore ici le dernier rayon des splendeurs impériales qui tomba sur moi. Par deux fois, j'avais vécu à Compiègne, mais dans les liens étroits du service militaire, et jamais je n'avais été admis dans Tintimité de la Cour, que je ne recherchais d'ailleurs point, étant par nature aussi sauvage que dévoué. Ce fut donc une grande surprise et aussi une grande joie pour ma femme et pour moi, que de recevoir une invitation au château de Compiègne, pour une des premières séries du mois de novembre 1868. Cette faveur n'était pas exceptionnelle. Plusieurs généraux mariés en profitèrent comme moi. Nous passâmes au Château une semaine charmante, auprès du couple impérial, TEmpereur avec sa bonhomie tranquille, et l'Impératrice avec son charme souverain, s 'ingéniant à oublier leur grandeur, pour se transformer en maîtres de maison exquis.
La carte d'invitation était un véritable 0 guide du voyageur » contenant toutes les indications nécessaires: l'heure du train, la mention de la voiture qui attendrait nos personnes à la gare et du fourgon qui attendrait nos bagages. Arrivés à Compiègne, nous montâmes dans un des breaks à quatre chevaux attelés en poste, qui nous conduisit devant le vestibule du Château, où nous attendait l'adjudant général du palais, le général de Malher, chargé de nous remettre un autre vade-mecumy une uotiMîxj)licative sur notre séjour; enfin, un fourrier du palais conduisit chacun de nous à l'appartement qui lui était rés(Tvt'.
On vivait à Compi^i^nr à peu prc-s aussi libre que chez soi. C'était l'abbaye de rhclème ; chacun y faisait