‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 51 sur 285 · MON ANCIEN ESCADRON · texte numérisé non relu

MON ANCIEN ESCADRON

ville laissant fort à désirer, Abdelal m'avait fait dresser une tente de campagne sous de grands arbres. Je m'y trouvai si bien que je prolongeai sans regret mon séjour, pour y attendre le passage du maréchal de Mac Mahon qui allait, en compagnie du préfet d'Alger, M. Le Myre de Vilers, visiter l'emplacement d'un centre agricole à établir au pied du Djurjura.

D'Aumale, je m'envolai, à tire-d'aile, vers ma smalah, à moi, la première de toutes, vers ma création de Moudjebeur , en m'arrétant , une nuit , dans le haouch de l'agha de Tittery, Ben-Yaya-El-Aïb, Ben- Yaya l'estropié. On l'appelait ainsi parce qu'il avait perdu une jambe, en combattant contre nous en 1840, au coi de Mouzaïa. Singulière figure 1 Petit, laid, marchant, comme une sauterelle blessée, sur sa béquille, intelligent, véritable gazette du désert, servant fidèlement, mais bourreau d'argent. Périodiquement, le gouvernement payait ses dettes aux Juifs qui le grugeaient. Il avait des passions très vives, et il devait mourir pauvre comme Job.

Mon fidèle escadron était toujours là. 11 contenût encore deux vieux spahis, qui servaient déjà de mon temps et qui me reconnurent. 11 avait pour commandant un assez drôle de corps, nommé le capitaine Duponchel; très brave garçon, modèle des commandants de smalah, qui avait fait de Moudjebeur une sorte de petit paradis, mais pitoyable officier de cavalerie. 11 ne se doutait pas de ce qu'était une manœuvre, et, à chaque inspection, pour ne pas paraître sur le terrain, il s'administrait un vomitif énergique. Le général inspecteur le trouvait sur le flanc, rendant tripes et boyaux. 11 s'apitoyait sur le sort de cet officier terrassé par l'insalubrité du climat et demandait pour lui un congé. Duponchel avait débuté comme commisd'administration et avMt obtenu, je ne sais par quelle faveur, une lieutcoance aux spahis.

Ija MES SOUVENIRS.

Je retrouvai à Moudjebeur ta bergerie modèle que j'y avais installée, mes beaux béliers mérinos, venus d'Espagne, qui devaient, par leur sang, augmenter la richesse du pays. Je revis aussi ces champs que j'avais labourés et ensemencés, avec t'aide des Arabes, et dont la récolte m'avait fourni les ressources nécessaires à l'établissement de ma smalah. Mais je ne revis plus, hélas ! mon vieux conseiller, mon vieil ami, l'aghaCouïdcr Ben Mimouna, qui m'avait tant aidé. Il venait de

Et maintenant, à Laghouat! Soixante-dix lieues à cheval, au cœur de l'été, sans un arbre, sans un abri, sans rien qui puisse combattre les rayons d'un soleil implacable. Mais Laghouat, c'est un morceau de moi ; c'est la difficulté vaincue autrefois. Et je ne songe même plus au soleil ni à ta fatigue. En route pour Djelfa! Trente-cinq lieues. Là, je trouve un gros vitlî^e où je n'avais laissé qu'un poste-m^asin. je revois le moulin de Mein. Le meunier est mort, mais le moulin tourne toujours, et, comme jadis, les femmes arabes lui apportent leur blé à broyer. Un regret, en passant, à ta mémoire de S!-Chérit-Bet-Arch, tué dans l'insurrection de 1864. C'est son frère St-Bet-Kassem-Bel-Arch qui l'a remplacé comme agha des Ouled-Nayl, et qui vient me saluer, à mon passage, et me présenter ses caïds.

A Djelfa, je trouve une voiture fort confortable, ma foi! et très bien attelée; c'est celle de Cheick-Ati, mon sauveur d'autrefois, celui qui vint en aide à ma détresse lorsque je fus abandonné, jadis, sans un sou et sans vivres, au milieu de Laghouat, démoli par notre canon et encombré de nos blessés. En moins de quinze heures, nous franchissons les trente lieues qui nous séparent de Laghouat. La ville est déserte, toute la population est venue au-devant de celui qui commanda ici le premier, au nom de la France, et dont elle a gardé txin souvenir.

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