LES PRÉTEXTES
survenue au général Lebrun, allant, bien avant la guerre
et muni d'une mission officielle, assister aux manœu-
'Tes d'artillerie de l'armée belge, au camp de Beverloo,
V" découvrant le canon allemand en acier, se chargeant
par la culasse, qui constitua en grande partie la supé-
•lorité de nos adversaires, qui fut l'instrument de nos
défaites, en appréciant les avantages dans un rapport
i^fficict, et n'obtenant même pas la discussion de son
rapport.
Mais si la guerre était inévitable , tôt ou tard , en tre l'Allemagne reconstituée et la France, nous pouvions nous dispenser de la faire à l'époque où nous l'avons entamée et sous le prétexte que nous avons choisi. On sait comment elle est née. Le général Prim offre le trône d'Espagne au prince de Hohenzoliern, qui l'accepte. Étaitce là un événement tout à fait imprévu, non pas du public, mais des personnf^es qui dirigeaient de haut la J*oUtique? Non, s'il faut en croire cette exclamation «3u général Prim lui-même, à la première réclamation <3e notre gouvernement : a Comment donc! Mais j'étais «3'accord avec les Tuileries! n Imprévu ou non, l'évéxiement est accueilli en France avec stupeur d'abord, svec colère ensuite. Le ministère responsable déclare «zju'i! ne permettra pas la reconstitution de l'empire de Charles-Quint. En Allemagne, on s'incline devant nos sommations ; on s'incline à regret, car M. de Bismarck et M. de Mollke, qui sentaient leur pays armé jusqu'aux dents, n'attendaient qu'un prétexte pour jeter l'Allemagne sur la France. Mais on s'incline, parce que le roi Guillaume est un vieux gentilhomme qui ne veut pas se donner, vis-à-visdu reste du monde, l'allured'un provocateur. Le prince Léopold de Hohenzoliern renonce au trône d'Espagne. Ce devait être tinî; nous n'avions plus rien à demander, et nous avions le droit de considérer l'aventure comme un succès diplomatique.
Mais en France, le chauvinisme était déchaîné, et aussi l'opposition qui ne voulait pas laisser l'Empire bénéficier de ce succès moral. Chauvins et adversaires de l'Empire réclament des garanties contre le retour d'une pareille combinaison. Et ces garanties, le gouvernement français, entratné, va les demander au roi Guillaume lui-même. I! veut que le roi Guillaume s'eng^e à ne jamais permettre qu'un prince de sa famille aspire au trône d'Espagne. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'était une querelle d'Allemand que nous allions chercher au roi Guillaume, maisc'était au moins une exigence imprudente. Le Roi répond à notre ambassadeur, M. Benedetti, qu'il n'a rien à lui répondre.
Aussitôt, M. de Bismarck bondit, pour ainsi dire, sur la dépêche racontant cet incident. De son propre aveu, il la falsifie ; il transforme le congé courtois donné à notre ambassadeur en un refus de le recevoir, en un outrage, par conséquent, qu'il télégraphie à tous les représentants de l'Allemagne; et il nous force à marcher, à déclarer nous-mêmes la guerre, en se donnant habilement, sinon honnêtement, l'attitude de l'homme provoqué qui se met en légitime défense. Donc, c'est la France qui a voulu !a guerre, mais c'est M. de Bismarck qui l'a rendue inévitable, et c'est lui, en bonne justice, qui en est responsable.
Mais qui donc, en France, l'a voulue, cette guerre? Quels en sont, par conséquent, les auteurs véritables ? Est-ce l'Empereur? Non. L'Empereur ne voulait pas la guerre. L'Empereur ne pouvait pas la vouloir. L'Empereur connaissait mieux que personne les formidables armements de l'Allemagne et l'infériorité militaire de la France. Au 4 septembre, les personnes qui, à la suite de l'émeute victorieuse, pénétrèrent dans les Tuileries abandonnées, trouvèrent encore sur son bureau les fameux rapports du colonel Stoffel, qui énuméraient toutes les forcer de l'Allemagne. M. Estancelin