‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 57 sur 285 · L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

L'IMPÉRATRICE

Et puis, avant d'être femme n'étaît-elle pas mère? Ne voyait-elle pas arriver avec anxiété le moment où le Prince Impérial succéderait à son père? Ne sentaitelle pas que celte époque, critique pour les peuples, dans toutes les monarchies, serait rendue plus dangereuse encore par les menées d'une opposition radicale qui avait fini par faire pénétrer un peu partout de la désaffection pour le régime impérial? Elle voulait que Napoléon IV, son fils, fût aussi fort et aussi inébranlable que l'avait été Napoléon III, son époux. Elle Croyait qu'il ne serait solidement assis sur le trône pateniel que lorsque ce trône aurait pour étai la constitution de 1852, qui avait fait ses preuves. Or, pour ressaisirle pouvoir, tombé des mains défaillantes de l' Empereur, et pour le restaurer pardes institutions vigoureuses, ii fallut que le règne de Napoléon IV fût inauguré par une tre de succès militaires. Et, pour cela, il lui fallait une guerre contre l'Allemagne, une guerre qu'elle ooyait d'avance devoir être aussi glorieuse que la guêtre contre la Russie, et aussi courte que la guerre contre l'Autriche. Enfin, elle comprenait quelle faute elle avait commise en 1866, en empêchant l'Empereur d'accepter, par une initiative hardie, les offres que M. de Bismarck était venu apporter à Biarritz. Et cette faute, elle voulait la réparer.

Elle poussait donc désespérément à la guerre, et son influence était considérable. Elle avait surl'Empereurun pouvoirà peu près sans limite. Elle le dominait, "loins encore par ses charmes que parle souvenir des wconstances trop nombreuses où il les avait méconnus, Longtemps déjà avant la guerre, un famîlierdu Château ■ne disait : 0 L'Empereur, voyez-vous, a tellement peur des scènes d'intérieur, qu'il serait capable de mettre le fsu aux quatre coins de l'Europe, pour se soustraire à lie de ces scènes de ménage auxquelles il prête trop souvent le flanc par ses infidélités, n Le pouvoir de l'Ini-

pératrice sur l'Empereur fut même assez fort pour obtenir le changement des dispositions- primitives résolues en cas de guerre. D'après ce plan, nos forces étaient réparties en trois armées confiées, la première au maréchal de Mac Mahon, la deuxième au maréchal Bazaine et la troisième au maréchal Canrobert. Dans cette combinaison, l'Empereur restait à Paris et conservait le pouvoir. Mais l'affaiblissement de ses forces physiques et morales le transformait en obstacle et en gène, au milieu d'une crise pareille, et c'est parce qu'elle fut plus mère que femme, c'est parce qu'eUe croyait le pouvoir plus en sûreté dans ses mains de Régente, que l'Impératrice, d'accord en cela avec ce qu'on appelait le parti militaire, fit partir, pour commander l'armée, un pauvre homme qui n'avait mime plus la force de régner.

Toute-puissante sur l'esprit de l'Empereur, l'Impératrice exerçait aussi une influence considérable sur le conseil des ministres. Et cette influence, elle la devait autant à son prestige de femme et de souveraine qu'à l'expérience des affaires et à l'habitude de les étudier, qu'elle avait contractées pendant ses nombreuses régences. C'est probablement pour lui obéir et lui complaire que le ministre de l'intérieur, M. Chevandier de Valdrôme, à la nouvelle de la candidature allemande, demandait à Emile de Girardin, qui l'a raconté, un article soufflant la guerre. Et, d'ailleurs, dans le cabinet, elle avait un appui notable en la personne du ministre des affaires étrangères, le duc de Gramont, qui, à mon avis, mérite la seconde place parmi les auteurs de la guerre.

Apparenté aux plus grandes familles de l'Europe, faisant partie de cette aristocratie internationale qui vit en quelque sorte en dehors et au-dessus des races humaines; ancien élève de l'École polytechnique, ayant, par conséquent, une certaine valeur person-

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