‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 62 sur 285 · MAUVAISES NOUVELLES · texte numérisé non relu

MAUVAISES NOUVELLES

;■ corps, trop tard pour les concentrer en temps utile. C'est ainsi que le maréchal Bazaine devait, plus tard, «disposer des 2', 3* et 4* corps, dont il se servit si mal 'c jourde Spicheren.

Enfin, nous étions au mois d'août, c'est-à-dire en fii»erre depuis quinze jours;pas un coupde fusiln'avait ^té tiré, et déjà, comme par une sorte de magnétisme nîmal, l'inquiétude se propageait. Le bulletin un peu ^tentissant qui nous annonçait la prise de Sarrebrùck *^ « la dissipa pas complètement. On n'y vit qu'une orte d'affaire de parade, arrangée pour que le Prince ï mpérial reçût, aux côtés mêmes de son gouverneur, le Vraaptéme du feu. L'enfant s'y comporta admirablement. Le 4 au soir, tant les nouvelles mauvaises vont vite, v-ane vague rumeur se répandit à Lunéville : un combat «Tialheureux avait été livré par des troupes du i"corps, 33DS qu'on connût ni l'importance ni le théâtre de ce crombat. Le lendemain, mon aide de camp Darras, qui l'evenait de Paris, m'apporta tous les détails de l'affaire «ie Wissembourg. Le maréchal de Moltke, on l'a su depuis, avait demandé aux trois commandants des armées allemandes quel jour ils seraient prêts, a Le 3 au soir n, lui fut-il répondu, a Alors, avait riposté le maréchal, on entrera sur le territoire français le 4, au matin, m Et le 4, à huit heures du matin, les troupes du général Abel Douay, au repos dans leurs bivouacs, étaient surprises et couvertes inopinément de projectiles par un corps d'armée bavarois, qui s'était glissé à travers les bois, jusqu'à portée de canon du camp.

Et le service des reconnaissances? dira-t-on. Et les pointes de cavalerie, ces tentacules de l'armée? On n'y avait même pas pensé. On croyait avoir devancé l'ennemi, on croyait qu'on engagerait soi-même le combat offensif, où et quand on voudrait. On le croyait à l'armée, on le croyait à Paris, où la première nouvelle de l'agression déterminée des Allemands fut accueillie

avec une stupéfaction profonde. Et pourtant les avis a'a\'3ient pa^ manqaé. Depaîs plusieurs jours déjà, le sous-préfet de W'^issembourg les uiultipliait. Il écrivait, il télégraphiait, il disait : ■ De grands mouvements militaires se passent derrière les forêts ; les environs de Wissembourg regoi^nt de troupes toutes prêtes. Prcoez garde 1 » De Paris, on lui répondait en l'invitant à modérer son zèle, et la veille même de l'afTaire. le générai Abel Douay, précédant de <]uel<]ues instants sa division, accueillît par un sourire d'incrédulité les terreurs et les renseignements du sous-préfet.

Cependant, le matin, il avait envoyé en reconnaissance deux escadrons, qui revinrent annonçant que tout était tranquille. En dépit de la surprise, des mesures défensives furent aussitôt ordonnées, et nos troupes ne succombèrent que sous le nombre. Le malheureux Douay paya sa confiance de sa vie. 11 fut atteint d'un éclat d'obus en pleine poitrine, en dirigeant le combat au milieu de sa batterie de imtrailleuses, et mourut deui heures après.

Isolé à Lunéville, sans nouvelles, sans ordres, ne disposant encore que de deux régiments et d'un seul escadron du 3*. j'étais dans une anxiété facile à comprendre, et je cherchais à me renseigner par tous les moyens. Le 6, je dînais chez le sous-préfet de Lunéville, qui me dit : « Il a dû se passer un événement considérable, car aujourd'hui le télégraphe n'a cessé de fonctionner toute la journée. ■ Je cours à la gare, avec le général Margueritte et mon aide de camp. J'interroge le chef de gare; je vois un homme embarrassé, troublé par l'idée de se compromettre, en répandant de faussesnouvelles. Je !e presse; je lui fais comprendre l'inlétèt que j'ai à tout savoir, même les fausses nouvelles.

— Eh bien ! me dit-il enfin, mon général, puisque vous l'exigez, voici ce que j'ai entendu dire, sans poule garantir : on assure que le maréchal de Mac

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