MAUVAISE IMPRESSION
Aux inspections générales, un régiment était réputé Convenablement instruit, quand il exécutait à peu près Correctement, devant l'inspecteur, une sorte de carrousel où tout était calculé, jusqu'à la longueur d'une foulée, des manœuvres d'ensemble qu'on ne pratiquait jamais à la guerre, parce que si on les avait tentées, l'on aurait presque toujours été pris en flagrant délit <ie formation et bousculé. Et encore, ces manœuvres, l«s exécutait-on sans tenir compte de ce que, au camp <3e Châlons, sir Hope Grant appelait a l'hypothèse n, ^:'est-à-dire l'éventualité militaire à laquelle elles de- '^aient répondre.
A quoi appréciait-on la valeur d'un officier de cavalerie ? A la hardiesse qui le poussait à s'élancer en avant ? A la perspicacité qui lui avait fait voir quelque «hose? A la précision avec laquelle il rendait compte de ce qu'il avait vu ? Pas le moins du monde ! Pour qu'il avançât, un officier devait passer pour un bon manœu- ^"rier. Et pour passer pour un bon manœuvrier, il fallait que le commandement qu'il entendait éveillât dans sa mémoire un second commandement résultant du premier et qu'il proférait, sans même se rendre compte du point où il dirigeait sa troupe. Si ce second commandement n'était pas instantané, comme le son d'un piano quand le doigt se pose sur une touche, si l'officier se donnait le temps de la réflexion, il était perdu, car, ou bien il se trompait, ou, s'il ne se trompait pas, le léger retard entreles deux commandements suffisait à tout brouiller. Voilà ce qu'on avait demandé aux officiers et aux troupes jusque-là, et aujourd'hui on leur demandait autre chose. Et on s'étonnait de ne pas l'obtenir.
Je rentrai, l'esprit un peu noir, dans mon auberge.
sous METZ.
Mon état-major. — Le général Margueritte. — A l'avant-garde. — - Une victoire inutile. —Au bivouac. — Les cavaliers de la Grande Armée. — Le matin de Rezonville. — Départ de TEmpereur. — Marche au canon. — Un souvenir de 18x5. — Cinq mille sabres. — Le soir de la bataille. — Court résumé.
La journée du 10 août fut consacrée au repos. Hommes et chevaux, qui venaient de marcher pendant vingt-quatre heures, en avaient besoin. La division, encore incomplète, ne se composait que de trois régiments sur quatre. Le 4* de chasseurs d'Afrique ne l'avait pas rejointe et ne la rejoignit jamais. Mon étatmajor, du moins, était au grand complet et ainsi composé : aide de camp, le capitaine Darras, qui allait bientôt recevoir la croix de la Légion d'honneur, après la bataille de Rezonville ; officier d'ordonnance, le baron de Buros, lieutenant au 3* de chasseurs d'Afrique. Engagé comme simple soldat dans l'artillerie, sous-officier de cavalerie en Crimée, sous-lieutenant après Solférino, décoré pour faits de guerre en Afrique, il a été retraité récemment, comme colonel du 6* de dragons. II aurait dû arriver plus haut. Mais il a subi le contre-coup de mes propres disgrâces que je racon-