‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 7 sur 285 · LES GUIDES · texte numérisé non relu

LES GUIDES

militaires sans rivales, mais, comme moi, d'ailleurs, il s'était roussi à trop de {eux de bivouac pour faire très bonoe figure au milieu d'une société aussi élégante et aussi recherchée, et dans l'enthousiasme qui accueillit de Montaigu parmi les Guides, on aurait peut-être pu trouver un peu du contentement que causait le départ de son prédécesseur. Et pourtant ce modèle de l'officier des Guides faillit, pour ses débuts, se brouiller avec son riment.

Les Guides étaient alors à Compiègne. Ils avaient organisé dans une salle de leur quartier, très bien décorée, des concerts hebdomadaires où se faisait entendre leur musique et pour lesquels des invitations étaient lancées en ville. Or, on remarqua que le nouveau colonel faisait retenir au premier rang une place pour une personne de la ville, et que, pendant le concert, il entourait cette personne d'un empressement tout spécial. Il n'en fallut pas davantage pour exciter la susceptibilité de quelques officiers qui prétendaient, avec assez de raison, d'ailleurs, confisquer pour leurs femmes et pour eux les meilleures places. De Montaigu était la bonté même, mais il n'entendait pas raillerie sur les prérogatives d'un chef de corps ; il se fâcha, et les choses faillirent se gâter. Heureusement le régiment quitta Compi^ne. Les trois ou quatreofficiers susceptibles quittèrent le régiment, par suite des hasards de la carrière, et, quand j'arrivai à mon quartier général de Fontainebleau, je perçus seulement parmi MM. les Guides ce petit frémissement qui suit les orages après les avoir précédés.

Le lieutenant-colonel des Guides était le prince Joachim Murât, petit-fils du roi de Naples, petit-neveu de Napolcfm I", cousin de l'emporeur Napoléon lil. grand nom, grande personnalité. Le Prince, très bel homme, grand, mince, d'une élégance suprême, montant remarquablement à cheval, était bien là dans s

officiers à se présenter au moins en tenue de service, b Ces façons d'être contrastaient par trop avec mon éducation de soldat qui s*était faite principalement en campagne, loin du monde et en dehors des raffinements puisés à l'étranger. Mais elles ne diminuaient en rien les qualités militaires très réelles et très solides de ce beau et brave régiment. Je me plaisais, d'ailleurs, à les reconnaître et à leur rendre justice. Et dans mes entretiens avec son créateur, le général Fleury, j'insistais seulement sur ce point, qu'au lieu de faire des Guides un régiment inimitable, il eût mieux valu en faire un régiment modèle, puisqu'on avait eu la chance de pouvoir le tailler en plein drap, si l'on peut s'exprimer ainsi.

Le colonel des Guides était alors le colonel de Montaigu, un vrai chevalier, mort il y a quelques années général de division, du cadre de réserve, grand officier de la Légion d'honneur. Camarade de collège du général Fleury, resté l'ami très dévoué du grand écuyer, il avait été appelé comme chef d'escadrons dans les Guides, à leur formation. Il en connaissait donc mieux que personne les traditions étroites dont il s'était constitué le gardien passionné, et eût considéré comme un sacrilège de toucher au moindre usage , à la plus petite manie qu'il respectait avec plus de scrupule et de rigidité que les préceptes mêmes du règlement. D'ailleurs, il ne fallait pas songer à la moindre réforme; on se serait brisé contre les volontés d'en haut. Le colonel de Montaigu était le meilleur des hommes, et son extrême simplicité résistait à l'immense fortune territoriale qu'il possédait de son chef, et qu'il avait encore augmentée par un mariage d'inclination avec sa cousine germaine, aussi riche que lui. Il avait remplacé, à la tête du régiment, le colonel de Mirandol, ce preux dont la figure légendaire a traversé si souvent et traversera encore ces Souvenirs, Mirandol possédait des qualités

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