‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 75 sur 285 · AU SIXIÈME CORPS · texte numérisé non relu

AU SIXIÈME CORPS

S' corps allait s'ébranler à son tour et reprendre sa place dans la ligne de bataille générale de l'armée française, orientée du sud au nord, tournant le dos à 'est, la gauche appuyée contre Metz. Nous devions '*^rmer l'extrême droite de cette armée, nous reliant au 4* corps qui, lui-même, avait le 3" à sa gauche. Le ^' corps se mit donc en marche, pour aller occuper Saint- *^rivat-la-Montagne; ma cavalerie et mon artillerie faisant l 'arrière -gard e . La nuit tombait quand je quittai Verneville, et elle était noire quand j'entrai, à mon "^our, dans les lignes du 6* corps. Le bruit de nos che- "X'aux faillit y causer une panique. On nous prit pour l'ennemi, on cria o aux armes h et peu s'en fallut que ■xous ne fussions accueillis par une décharge géné- Ta!e. Enfin, à minuit, j'étais installé au village de Doncourt, c'est-à-dire à l'extrême droite de toute l'armée qui, de Doncourt à Metz, présentait un front de bataille de quatre lieues environ.

A cinq heures du matin, le maréchal Canrobert me faisait appeler, à Saint-Privat, où il était installé.

— Vous allez, me dit-il, faire pousser des reconnaissances à droite et en avant, le plus loin possible. En outre, voici de l'argent. Dépensez sans compter tout ce qu'il faudra pour obtenir des habitants, d'heure en heure, tous les renseignements possibles sur les moindres mouvements de l'ennemi.

Je courus au bivouac et je fis monter trois escadrons achevai, en selle nue, en leur recommandant de pousser assez loin pour pouvoir embrasser par la vue une grande étendue de pays. Je rappelai aux oflicîers un procédé des Arabes qui donne de très bons résultats, et qui consiste à dissimuler la troupe dans les plis du terrain, et à envoyer en avant les hommes les plus intelligents, qui s'arrêtent avant d'arriver sur les crêtes, où ils se détacheraient sur l'horizon, mais qui s'approchent assez près cependant pour voir ce qu'il y a derrière. Mon in-

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tendant me demanda ce qu'il devait faire du convoi, où il devait envoyer les bagages, qui étaient considérables, puisque je traînais avec moi tous ceux de la brigade Margueritte, partie avec l'Empereur, ses voitures, ses chevaux de main,

— A Metz, lui dis-je. Vainqueurs, nous enverrODs chercher tout cela; vaincus, nous le retrouverons.

Grâce à celte précaution, je ne perdis pas une épingle de tout mon altirail.

A ce moment , arrivait un petit détachement du 3* de chasseurs d'Afrique, qui m'apportait une lettre du général Margueritte, m'annonçant qu'il était appelé, avec sa brigade, au camp de Châlons. C'était bien la preuve que la route de Verdun, d'où arrivait ce détachement, était encore libre le matin du 18, et que les Allemands n'avaient pas encore terminé leur mouvement tournant.

Enfin, je vis venir le meilleur de tous les indicateurs, mon aumônier, qui avait passé la journée de la veille et la nuit à Gorzc, auprès de nos blessés faits prisonniers. Il était parfaitement et fraîchement renseigné, et il assura au Maréchal, près de qui je le menai, que toute l'armée ennemie était en mouvement et qu'une attaque contre nous était imminente. Grâce à lui, grâce à mes reconnaissances, qui rentrèrent alors que le combat était déjà engagé par les .\llemands avec les corps situés à notre gauche, les premiers coups de canon trouvèrent le 6" corps en entier sous les armes. Il n'en fut pas de même partout. L'armée semblait subir la léthargie de son commandant en chef, et, dans cette fatale journée du 18 août, non seulement elle ne prit pas l'offensive, mais encore, sur bien des points de saiigne de bataille, elle fut surprise par les Allemands. Car, je ne saurais trop le répéter, alors que le dernier colonel allemand connaissait le thème général de la bataille à laquelle il concourait, aucun des généraux français ne savait le plan du généralissime qui, d'ailleurs, n'en avait pas

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