LA FIÈVRE OBSIDIONALE
sppel direct à l'insurrection. A côté, il y en avait une jSutre, signée par M. Thiers, qui adjurait les bons fâtoyens de l'aider à maintenir l'ordre et la tranquillité [dans la Capitale.
— Voilà qui est évidemment pour toi, pensai-je.
Et tout de suite, j'allai m'inscrire à l'État-major du gouvernement de Paris et au ministère de la Guerre. J'écrivis en même temps au général Le Flô, ministre We la Guerre, pour le prévenir que, rentrant de captiité. je me mettais à sa disposition; qu'en attendant ordres, je me retirais à Fontainebleau, où se trouvait mon domicile légal.
Je pensais bien que tout ce que je voyais n'était que
le développement naturel et logique de la révolution
de 4 Septembre, et qu'obéissant aux règles classiques,
bue seconde couche d'émeutiers allait tenter l'assaut
pontre le pouvoir conquis par la première. Mais je pen-
laîs aussi que. sous peine de tomber en pleine anarchie,
fallait bien se rattacher à quelque chose, et que l'As-
lemblée nationale, issue des élections générales, repré-
intait un gouvernement légal auquel on devait se
pilier. Du reste, ce gouvernement, je l'avais déjà re-
onnu par ce fait même qu'une convention, conclue
re lui et l'empire allemand, avait pu mettre fin à ma
itivité.
[Après avoir accompli mon devoir de métier, j'allai
i^euner chez un de mes amis, conseiller à la Cour des
Hnptes, M. du Seuil, qui avait passé tout le siège
Paris, oij il avait servi dans la garde nationale séden-
^e. Il était plein de confiance; il jouissait d'une
icurité que je ne pouvais me résoudre à partî^er.
— Je vous assure, lui disaîs-je, que ça marche très &1; j'ai vu dans les rues, ce matin, des hommes qui raient mauvaise figure. Il y a quelque chose, croyezei.
— Mais non! mais non! me réf>ondait-il j ce n'est
rien du tout, c'est l'accès passager d'une maladie que nous avons étudiée. Nous la connaissons, et la preuve, c'est que nous lui avons donné un nom, un nom scien* tifique même; nous l'appelons la a fièvre obsidionale m. Ainsi...
— C'est possible! Mais j'ai bien peur que votre fièvre obsidionale soit une de ces maladies qu'on est forcé de traiter avec des pilules de fer qu^on appelle des boulets. Et franchement, entre nous, c'est vexant de penser [qu'après s'être battu contre les Allemands, il va falloir se battre contre des Français.
— Je vous reconnais bien là, vous autres, militaires, qui ne rêvez que plaies et bosses. Vous vous exagérez les choses.
— Soit ! Je le désire sincèrement.
Nous allâmes, dans l'après-midi, ma femme et moi, nous installer provisoirement à Passy, où nous voulions passer deux ou trois jours, avant de rentrer à Fontainebleau. Le lendemain, i8 mars, on connut, pour ainsi dire, heure par heure, à Passy, les événements dont Montmartre était le théâtre, et j'ai vérifié depuis le fait suivant : Nous sûmes l'assassinat des généraux Lecomte et Clément-Thomas, à peu près une heure et demie avant l'instant précis où il fut perpétré. C'est très bizarre, n'est-ce pas? Et pourtant cela s'explique. Il a suffi aux porteurs de nouvelles de savoir en quelles mains les deux victimes étaient tombées pour pouvoir prédire qu'elles allaient être immolées.
L'opération dont M. Thiers avait chaîné le général Vinoy, qui commandait encore l'armée de Paris, et qui consistait à enlever du haut de la butte Montmartre deux cent cinquante pièces de canon, que les gardes nationaux y avaient traînées, sous le prétexte qu'elles leur appartenaient, était tout ce qu'on peut rêver de plus délicat et de plus dangereux. Pour traîner ces pièces, avec leurs avant-trains et leurs caissons, il fallait au