UN ASSASSINAT
jadis Yusuf. Je n'étais pas venu à Bône, où nous arrivâmes le lendemain, depuis 1842, et je fus émerveillé des changements qui s'y étaient produits.
Au commencement de l'occupation, la ville était l'endroit le plus insalubre du littoral, et le 55e de ligne, pour ne citer qu'un exemple, y avait perdu trois fois son effectif, dans l'espace de deux ans. On avait fini par reconnaître la cause de cette insalubrité. La ville, construite derrière une dune de sable, se trouvait privée de la brise de mer et exposée aux miasmes délétères des marais environnants et du lac Fezzara. De grands travaux d'assainissement furent menés à bien, et aujourd'hui Bône est une des plus agréables résidences de l'Algérie.
Après les excursions classiques aux ruines d'Hippone et à la forêt de l'Eddough, nous rentrâmes à Constantine, le 30 décembre, et par une chaleur tellement épouvantable qu'il nous fallut, au milieu de l'étape, aller chercher un peu de frais sous un bouquet de bois.
Un soir du mois de février 1862, on accourut me prévenir, au théâtre où je m'étais rendu par extraordinaire, qu'on venait de trouver, sur la route de Sétif, le cadavre d'un officier assassiné, qu'on supposait appartenir à mon régiment. Je courus à l'endroit indiqué et je trouvai, non pas un officier de chasseurs d'Afrique, mais M. Moreau, capitaine d'état-major, aide de camp du général Saurin, étendu sur le dos, la gorge ouverte, les poches retournées et le sabre arraché du ceinturon. On attribua ce crime à des rôdeurs arabes, mais on ne put jamais en découvrir les auteurs.
Mis en goût par les deux voyages que je viens de raconter avec peut-être un peu trop de complaisance, je préparais une grande excursion en Kabylie, lorsque de graves événements vinrent modifier mes projets en m'envoyant guerroyer dans un autre hémisphère.