‹ Mes souvenirsChapitre 68 sur 69 · A BOUFFE · texte numérisé non relu

A BOUFFE

,AU*^ Moderato

Je vou. cirais a.voir un ta . lent Di

gne de te chanter, ô mai - tre! Aus. si

bien n'est ce qu'en tremblant Que j'ose i . ci me le per.

bai. ne, Car j'ai pri . e la . mi Gron.^e

De

céJébrer fa cinquan . tai . ne.

Je voudrais avoir un talent Digne de te chanter, ô maître!

Aussi bien n'est-ce qu'eu tremblant Que j'ose ici me le permettre; Mais tu seras dédommagé De mes vers, médiocre aubaine, Car j'ai prié l'ami Grange De célébrer ta cinquantaine.

Il l'a fait en couplets émus Que je chanterai tout à l'heure Devant toi, devant les élus Admis ce soir en ta demeure.

Que n'ai-je son style charmant, Sa forme d'élégance pleine, Pour célébrer plus dignement, 0 cher Bouffé, ta cinquantaine !

Mais, à défaut d'esprit vainqueur, Pour te dire ce que je pense, Je n'écoute ici que mon cœur, Ami, c'est ma seule éloquence :

Je bois au grand comédien Qui, du plus loin qu'on s'en souvienne, Fut toujours cet homme de bien Dont nous fêtons la cinquantaine.

Nous avons pleuré bien souvent Aux accents de ta voix si chère ; Sur ton beau visage émouvant Passait ton âme tout entière !

Ton grand art fut la vérité Qui te rendait sublime en scène, Cher maître de tous respecté.

Dont nous fêtons la cinquantaine!

0 Bouffé, je bois en ce jour A la femme heureuse et bénie, Au saint objet de ton amour, A la compagne de ta vie !

Puisse le ciel, ô chers époux, En sa clémence souveraine.

Dans dix ans nous réunir tous, Pour fêter votre soixantaine !

Après avoir félicité l'auteur qui venait de dire cette chanson avec la finesse et le sentiment qui lui ont valu tant de succès mérités, nous nous rendîmes au salon, où nous attendaient quelques amis invités à vevir passer la soirée, et cela à la grande joie de notre famille, qui avait désiré que ce beau jour se terminât par une petite fête artistique.

MES SOUVENIRS. oDl

Ce fut d'abord Anatole Lionnet qui chanta les jolis couplets que notre ami Eugène Grange avait eu l'amabilité d'écrire pour la circonstance. On les lira avec le plaisir que nous éprouvâmes à les entendre :

Air : Elle aime à rire, elle aime à boire.

Plein d'une ivresse sans égale, Chacun de nous est appelé A saluer le jubilé De la tendresse conjugale.

Cet anniversaire bien doux Evoque une date lointaine :

Pour célébrer leur cinquantaine, Offrons des fleurs à ces époux!

Qui préside ce joyeux groupe?

Un artiste des plus chéris :

Salut au Gamin de Paris!

Salut à Trim, l'Enfant de troupe!

Cet enfant, soit dit entre nous, Dans la troupe étaitcapitaine...

Pour célébrer leur cinquantaine, Offrons des fleurs à ces époux!

De l'amour pour fêter les Pâques, On voit, à cette table assis, Philémon auprès de Beaucis...

Ou plutôt, non : c'est Pauvre Jacques; Quand du bonheur, ce rendez-vous Lui donne une preuve certaine.

Pour célébrer leur cinquantaine, Offrons des fleurs à ces époux!

Par les liens du mariage, Depuis que ce cou[)le est uni, Pas un orage n'a terni Le cours de son heureux voyage.

Sans leur faire ici de jaloux, Des succès comptés par centaine, Pour célébrer leur cinquantaine, Viennent sourire à ces éiToux.

L'hymen pour vous rouvre son temple.

Heureux époux toujours épris; Tous deux, du haut de ces lambris, Un demi-siècle vous contemple!...

Et nous, amis, d'un jour bien doux Évoquant la date lointaine, Pour célébrer leur cinquantaine.

Offrons des fleurs à ces époux !

Le poète fut chaleureusement applaudi par toute l'assemblée, ainsi que celui qui venait de l'interpréter d'une façon très spirituelle.

Son frère nous lut, ou plutôt nous joua, en comédien de talent, la Lettre d'un Conscrit alsacien à ses 'parents. Il serait impossible d'être à la fois plus vrai, plus comique et plus amusant que ne le fut ce charmant artiste.

Notre fils Hippolyle, prit alors sa tille par la main, et, la conduisant devant nous :

— Voici, dit-il, Marguerite qui désire réciter le compliment que le fils de notre bonne amie Alexis a composé à l'occasion de votre heureuse cinquantaine.

Et la gracieuse enfant débita les vers suivants avec une rare intelligence :

Pour nous tous, aujourd'hui, c'est fête de famille, Et mon père m'a dit, en m'embrassant bien fort : « A ceux que nous aimons, c'est toi, ma chère fille. Qui de ta jeune voix, toute fraîche et gentille. Dira notre joyeux transport. »

Aussi, chers grands parents, le cœur plein d'allégresse, Je viens, de vos enfants, vous offrir tous les vœux. Gardez-leur votre amour, votre vive tendresse. Et que Dieu vous accorde une longue vieillesse Et vous fasse toujours heureux!

Je vais vous expliquer ce mot de Cinquantaine Et vous dire, à tous deux, comme je le comprends : Vous avez partagé K-s plaisirs" et la peine Et, l'un à l'autre unis, votre amitié sereine A compté pour vous de longs ans.

Ma chère grand'maman, ton amitié si douce, ' Autour de toi répand un parfum de bonté. A grand-père éviter toute forte secousse Est ton plus cher désir et vers lequel te pousse Ton cœur, tout plein de charité.

Que Dieu, qui tient en mains toutes les destinées. Vous donne d'heureux jours, la santé [lour longtemps ; Enfin, qu'il vous permette, et dans bien des années. De bénir, tous les deux, de vos mains vénérées, Vos arrière-petits-enfautst

Nous couvrîmes de baisers la jolie tête blonde de Marguerite, et, à notre exemple, chacun voulut donner une caresse à cette chère enfant.

M. Hippeau, notre vieil ami, désirant fêter aussi cet anniversaire, avait composé une épilre qu'il voulut lire lui-même; il le fit avec un charme, une simplicité qui révélaient la bonté de ce modeste savant :

Quand tu marchais dans la carrière, Et quand tu luttais sans faiblir.

Le cœur d'un ange de lumière Était là pour te soutenir.

Pendant cinquante ans, douce et tendre, Celle qui te donna sa foi, Pour t'airaer et pour te comprendre Trouva sou bonheur près de toi.

Si, depuis votre mariage, Vous avez pu voir tous les deux, Sans être troublés par l'orage, S'écouler tant de jours heureux,

C'est que la bonté souveraine Du Dieu que votre cœur béuit De l'or le plus pur fit la chaîne Qui l'un à l'autre vous unit.

Aussi quand une foule émue, Dans ce jour grave et solennel, Auprès de vous est accourue Afin d'invoquer l'Éternel :

Ce fut la plus belle des fêtes, Car les prières du saint lieu Ont fait descendre sur vos têtes Les bénédictions de Dieu!

Après la poésie vint la musique. Ma fille Victorine et son mari exécutèrent l'ouverture des Noces de Ftgaro. Cette ouverture fut suivie de plusieurs morceaux, chansonnettes et romances, dits par quelques-uns de nos amis.

La chanson qui produisit le plus d'effet fut celle de Philémon et Baiccis , que notre petite-nièce Louise Thuillier avait choisie comme faisant allusion à nos noces d'or, et qu'elle dit avec un tact si fin, une malice si piquante, un goût si exquis, qu'on voulut l'entendre une seconde fois, et je crois que, sans la crainte

de fatiguer la chanteuse , ou l'eût redemandée une troisième.

Mais sa mère, qui venait de l'accompagner, voyant que les jeunes gens bouillaient d'organiser une petite sauterie, frappa sur le piano le prélude d'un quadrille.

C'est alors que, trompant mes soixante-seize ans, je pris la main de ma femme et donnai le signal du bal ; après quoi nous cédâmes la place à la vaillante jeunesse qui s'en donna à cœur joie jusqu'à minuit, heure à laquelle chacun nous fît ses adieux.

Ainsi se termina celte fête charmante qui restera un de mes plus précieux souvenirs.

J'aurais encore beaucoup d'incidents à raconter ; mais, désirant ne pas attrister la page souriante qu'on vient de lire par le récit des chagrins que nous eûmes à subir depuis lors, je ne veux, avant de déposer la plume, que m'acquitter d'un devoir bien doux en remerciant d'abord tous ceux qui, en assistant à nos noces d'or, nous ont donné une nouvelle preuve d'amitié.

A vous aussi, chers artistes, qui avez bien voulu prêter l'appui de votre talent à l'illustration de ce volume ; merci, merci mille fois !

Merci encore à mes excellents camarades de Paris et de la province, qui m'ont toujours témoigné dévouement et sympathie !...

Quant à toi, cher public, ne m'accuse ni d'audace ni de vanité si j'ai osé me présenter à toi comme auteur. Voici mon excuse :

Les mêmes amis qui m'ont poussé à noircir ces feuilles sont parvenus à me persuader qu'il me fallait les publier. Ai-je eu tort ou raison de les croire? — Ce n'est pas à moi de le dire.

Je réclame simplement ton indulgence pour ce livre, écrit sans prétention au style et avec la seule préoccupation de la vérité. Use encore une fois envers moi de cette indulgence que tu m'as si souvent prodiguée lorsque j'avais le bonheur de provoquer ton sourire ou tes larmes, heureux temps que je regrette et n'oublierai jamais!...

Reçois donc ici les derniers adieux et l'expression de la profonde reconnaissance du vieux Gamin de Paris!

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