PROJETS DE M. TURGOT
lettre à Louis XVI pour le féliciter sur les grandes vues de M. Turgot, et une lettre à M. Turbot lui-même pour lui faire l'éloge du Roi. Tout cela se trouvait arrangé à merveille; mais le bon était que ce prince envoyait en même temps au Roi, en pur don, dix mille setiers de blé. Quelqu'un semblant embarrassé de ce que l'on en ferait, je répondis : « Du pain, et j'imagine bien qu'on le distribuera aux pauvres . » Ce même roi de Suède avait conféré à Mirabeau (l) l'ordre de Vasa, qui se portait en cordon vert et en crachat : cet ordre était destiné à honorer ceux qui contribuaient aux progrès de l'agriculture.
Les projets de M. Turgot, cependant, ne réussissaient pas toujours, et soulevaient souvent beaucoup de difficultés dans le Conseil. Ces jours-là, il avait l'air fort effaré et de mauvaise humeur. Néanmoins, sur sa proposition, on publia un arrêt révoquant, dans tout le royaume, les droits de mesurage que l'on payait sur les blés, soit au Roi, soit aux particuliers, soit aux communautés; il avait aussi supprimé la caisse de Poissy et celle des amortissements, et donné au directeur de cette dernière 60,000 livres de pension. Enfin, il voulut faire essayer.
l'ennemi de la Révolution française, eut pendant presque tout son règne à lutter contre l'aristocratie, et périt victime d'une conspiration à la tète de laquelle était le comte de Horn : à un bal de la Cour, dans la nuit du 15 au 16 mars 1792, un capitaine, nommé Ankarstroem, tira sur lui un coup de pistolet à bout portant; il mourut des suites de sa blessure quatorze jours après.
(1) Victor de Riquetti, marquis de Mirabeau, né à Pertuis (Provence) en 1715, se fixa de bonne heure à Paris, se lia avec Quesnaj, chef de la secte des économistes, devint un des zélés propagateurs de cette doctrine, publia une foule d'écrits dans lesquels il prêche la philanthropie et la liberté, se montra néanmoins le tyran de sa famille, obtint de la condescendance des ministres cinquante-quatre lettres de cachet contre les siens, fatigua les tribunaux de ses procès scandaleux et mourut à Argenteuil en 1789. 11 eut pour fils le célèbre orateur Mirabeau, avec lequel il fut toujours en guerre ouverte et dont il semblait craindre la supériorité.
dans le pays de Gex, une sorte d'administration économique et d'impôt unique : le plaisant fut que les commissaires nommés par le Roi pour cette opération furent le premier président de Dijon et M. de Voltaire. Bientôt on commença à mal parler de M. Turgot, et, vers la fin de l'année 1775, on prétendait que son existence politique ne tenait à rien à Versailles. M. de Maurepas ne pouvait le souffrir : un jour que le contrôleur général avait demandé une audience au Roi, le duc de Duras l'alla voir et remonta ensuite au château, où il raconta, devant Sa Majesté, combien le pauvre homme toussait. Le Roi dit alors : « Eh bien! j'irai chez lui. » Sur-lechamp, messager au contrôle général : M. Turgotse croit le premier homme du monde; messager aussi chez M. de Maurepas, qui descend et empêche le Roi de se rendre chez le ministre des finances, auquel on envoie simplement un huissier pour le dispenser de venir.
Dans le courant de juillet, M. Bertin eut tout l'air de vouloir quitter le ministère; j'en fus navré, et je cherchai à savoir s'il ne se décourageait point; il me répondit : « Si au lieu de me donner de la besogne, ils m'en ôtent, ils me feront plaisir : j 'aime le repos. » Il avait également parlé à Plantigny, son valet de chambre, comme un homme prêt à se retirer. Pour en avoir le cœur net, je l'interrogeai bien franchement; il me parut déterminé à s'en aller; làdessus, je l'assurai plusieurs fois que je ne resterais pas vingt-quatre heures après lui, et que je ne chercherais qu'à prendre ma retraite dès que je verrais qu'il me serait impossible de faire du bien. Instruit de ce que je n'avais aucun bon du Roi qui me nommât gardien du dépôt des chartes, il me conseilla de lui préparer une feuille et de la lui remettre immédiatement. Il ne me dissimula pas que, si ce genre de travail passait à tel ministre, il savait que