‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 117 sur 302 · ANTIQUITÉS D'HERCULANUM ET DE POMPEIA · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS D'HERCULANUM ET DE POMPEIA

de Moïse, le père Boscowitch leur prouva très aisément que rien n'était plus déraisonnable que cette assertion.

De là, nous parlâmes des antiquités de Tusculum, d'Herculanum et de Pompeia. L'abbé avait vu tout cela, et bien vu. C'était un imbécile que le ministre de Naples qui présidait alors à tous ces travaux. Les livres que l'on avait trouvés, à cette époque, à Pompeia et à Herculanum auraient été perdus faute des précautions que l'on eût dû prendre pour les conserver et les transcrire. Herculanum a été détruit par la lave, Pompeia par la cendre; si bien qu'en nettoyant seulement celle-ci, on eût pu ia déterrer et la mettre à jour sans la détruire. On y découvrit, dans les maisons, des plâtres aussi blancs qu'à leur origine. Voici une preuve de la bêtise des gens que l'on employait à ces recherches. L'abbé rencontra une fois une voiture pleine de caractères de bronze. Ceux qui la conduisaient lui dirent : « On nous a recommandé de bien conserver les inscriptions; les voilà toutes dans cette voiture; il n'y a pas une lettre que nous ayons égarée. » — Quelle effroyable perte pour l'bistoire !

L'abbé finit par nous réciter ses vers latins; il les déclamait en Italien, et quand il s'écria : « Posco tuba m », il mit la main à sa bouche, enfla ses joues et eut l'air d'emboucher la trompette. Il célébra les Autrichiens, l'Impératrice et surtout le général Laudon (i). Il prétendit que c'était à ce général que la Cour de Vienne devait tout. Le

(1) Gédéon-Ernest, baron de Laudon, né en Livonie en 1716, fit ses premières armes en Russie, passa en 1740 au service de l'Autriche, devint le plus ferme soutien de Marie-Thérèse, vainquit Frédéric II à Domstadt en 1757, à Hochkirch en 1758, à Cunnersdorf en 1759, à Landshut en 1760, mais fut battu cette même année à Liegnitz. En 1788, sous Joseph II, il repoussa les Turcs et s'empara de Belgrade. En récompense, il fut nommé généralissime, et mourut en 1790.

roi de Prusse (1) en faisait un tel cas qu'il disait : « Je n'ai jamais braqué ma lunette que je n'aie vu ce diable d'homme-là au bout. » Il l'appelait son ordonnance : les généraux allemands désignaient sous ce nom un officier qui ne les perdait jamais de vue. Quand ce roi de Prusse nous eut battus à Rosbach, il défendit les réjouissances publiques, en disant qu'il n'en faisait point pour une partie de chasse. On frappa à Rome, sur son ordre, une médaille où on lisait : « Debellatis Gallis sine pugnâ. » Ses officiers répétaient : « Nous venons de battre les Français; dans quinze jours nous battrons les Autrichiens, et nous irons ensuite nous battre contre les Russes. »

Une anecdote singulière , c'est que^ quand le roi de Prusse proposa à la Cour de Vienne un partage de la Pologne, il avait, quinze jours auparavant, envoyé à Van Huissen, célèbre médecin de l'Empereur, un mémoire pour le consulter sur sa santé. On pouvait conclure de ce mémoire qu'il n'avait pas encore six mois à vivre, et ce motif, dit-on, influa beaucoup sur les facilités qu'on lui laissa pour se faire la meilleure part.

(1) Frédéric II, dit le Grand, né le 24 janvier 1712, monta sur le trône le 31 mai 1740, battit l'Autriche, tint tête, dans la guerre de Sept ans, à la France, à l'Autriche, à la Saxe et à la Russie; prit part en 1772, avec l'Autriche et la Russie, à l'inique démembrement de la Pologne, et mourut en 1786. Il avait épousé, le 12 juin 1733, Elisabeth-Christine de Brunswick, dont il n'eut pas d'enfants.

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