BIBLIOTHÈQUE DE LÉGISLATION. ETC
M. Berlin venait alors de renoncer entièrement aux affaires (1). Plus facile que tout autre à tromper, précisément parce qu'il était incapable de tromper lui-même, il eut des chagrins, mais il se retira sans avoir encouru une disgrâce. Depuis 1764 jusqu'à sa retraite, ilavaitcontribué, plus qu'aucun autre ministre, à grossir les trésors de notre bibliothèque pour la partie historique, qu'il avait conservée dans son département. En quittant le ministère, il voulut être encore le bienfaiteur de cet établissement, dont les progrès et les accroissements avaient été si longtemps son ouvrage, et ce fut par ses conseils que M. de Maurepas obtint du Roi que ces deux cabinets importants — dont celui qui avait pour objet l'histoire avait été logé àla place Vendôme en 1 769, et celui qui intéressait
lalégislation, l'administration etledroit public, étaitencore regardé comme subordonné au ministère des finances, -— seraient réunis sous le nom de Bibliothèque de législation, administration, histoire et droit public, et attachés à perpétuité à la chancellerie de France. Cette réunion et cette attribution furent ensuite prononcées par un arrêt délibéré au Conseil d'État du Roi du 3 mars 1781, et expédié en vertu d'un ordre signé de sa main. Cet arrêt réglait la destination , pourvoyait à l'entretien et aux accroissements de ladite bibliothèque, et en assurait la communication à tous les départements des ministres de Sa Majesté. J'en avais été le rédacteur (2) : il contenait, à proprement parler, mon histoire depuis 1759, et présentait le but vers lequel avaient été dirigées toutes mes études et toutes mes compositions; de plus, il prouvait deux choses :
(1) M. bertin quitta le ministère en 1780 et se retira à Chatou l'année suivante. — 23 avril 1781. J'ai été voir M. Bertin qui part aujourd'hui pour aller à Chatou à demeure. (Journal de Moreau.)
(2) N° LVI du catalogue des ouvrages de Moreau.
1° qu'immédiatement après la retraite de M. Bertin, je résolus fermement la mienne; 2° que je voulus être bien sûr que ceux qui rempliraient ma charge après moi la rendraient encore plus utile au gouvernement.
M. de Miromesnil, dont ma place dépendait à la chancellerie, me nomma dans la suite un survivancier, qui prit même le titre de mon adjoint — c'est ce célèbre Pastoret (1) qu'en 1788 M. Barentin me donna pour successeur, et qui, depuis, a proposé l'apothéose de Mirabeau et fait placer ses cendres au Panthéon. — Je travaillai alors à donner la dernière forme au bel établissement qui, fondé dès 1759, devait à l'avenir indiquer sans cesse à l'administration royale et la loi qu'elle devait suivre et le fait dont la connaissance lui était nécessaire pour appliquer la règle. On jugera un jour si l'on a beaucoup gagné à détruire l'ouvrage auquel j'avais consacré ma vie ! • M. Necker, qui, au commencement de 1781, avait publié son fameux Compte rendu au Roi, fut accusé dans le Mercure d'avril de la même année, n° 14, page 81, journal de Bruxelles, de faire tous ses efforts pour rendre le roi de France chef d'une république bien dirigée. Je ne soupçonnais point encore ses projets; cette imputation me parut atroce, et
(1) Claude -Emmanuel-Joseph-Pierre, marquis de Pastoret, né à Marseille en 1756, conseiller à la Cour des aides en 4780, maître des requêtes en 1783, directeur général des travaux politiques relatifs à la législation et à l'histoire, ministre de la justice et de l'intérieur en 1790, fit rendre, en qualité de procureur-sjndic du département de la Seine, le décret qui transformait l'église Sainte- Geneviève en Panthéon; fut le premier président de l'Assemblée législative, émigra pendant la Terreur, revint en France en 1795, fit partie du Conseil des Cinq-Cents. Mis sur les listes de déportation au 18 fructidor, il se réfugia en Suisse et rentra en France en 1800, devint sénateur en 1809, pair de France en 1814. président de la Chambre des pairs en 1820, ministre d'État en 1826, vice-chancelier en 1828, chancelier de France en 1829, tuteur des enfants du duc de Berry en 1834, et mourut à Paris en 1840. Il était membre des trois Académies.