‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 199 sur 302 · II · texte numérisé non relu

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dont il veut punir en masse les infidélités, peut être un saint, car il suffit qu'il soit faible pour faire le malheur de ses peuples, et chez lui la faiblesse même peut être jointe à la pureté des intentions qui excuse les fautes, et à cette foi résignée qui expie même les crimes. En quelques mots, je viens de caractériser le malheureux Louis XVI. Il avait peu d'esprit, et son éducation avait été, comme celle que l'on donne aux rois, essentiellement vicieuse. Il était, dès son enfance, si pétri de mauvaises grâces qu'il ne plaisait à personne, et ce qui l'a rendu beaucoup plus égoïste qu'on ne Fa cru, c'est qu'il était bien persuadé que personne ne l'aimait. Un seul trait va le peindre : aux vendanges d'Andrecies, Mme la comtesse de Marsan (1) avait l'habitude d'offrir tous les ans à ses trois élèves une de ces petites fêtes à l'occasion desquelles Romgool fît tant de petites pièces et de jolis couplets. Le duc de la Vauguyon, gouverneur des princes, y venait avec les hommes et les femmes attachés à l'éducation. Pour l'une de ces fêtes, Mme de Marsan avait imaginé une jolie loterie, qui valut à chacun des trois enfants un grand nombre de gros lots; il leur avait été bien dit à tous : « Soyez aimables : donnez à votre suite tout ce que vous aurez gagné. » M. le comte de Provence et le comte d'Artois furent charmants : ils distribuèrent tout; le Dauphin garda tout. Un de ses frères lui en adressa des reproches, et voici sa réponse : « Je crois bien que vous devez donner, vous autres; moi qui sais que personne ne m'aime, je n'aime non plus personne, et je me crois dispensé de faire des présents. » Il n'éprouva donc jamais cette sensibilité qui adoucit la douleur et ajoute des charmes à la pitié; il ne fut pas bienfaisant par goût, et sa charité, comme celle

(1) Gouvernante des Enfants de France, ainsi qu'on l'a vu plus haut.

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