‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 20 sur 302 · NOUVEAUX MINISTRES · texte numérisé non relu

NOUVEAUX MINISTRES

Mais il était très intrigant et cherchait à diviser les partis pour envahir et s'affermir : il fit plusieurs fois confidence à Cromot de l'envie qu'il avait de mettre les Parlements aux prises avec le chancelier pour les perdre les uns par les autres ; si l'on fait attention que le chancelier ne valait pas mieux, on doit bénir la Providence d'avoir renversé ensemble deux fripons. Il lui raconta également comment, dans un travail avec le Roi, il s'était efforcé de discréditer M. de Choiseul. Cromot lui répondant : « Vous avez dit là des choses bien fortes » , le contrôleur général répliqua : « Mon ami, j'ai bien mieux fait : j'ai 'pleuré! »

Lors de la retraite de l'abbé Terray^ M. Bertin, qui, de tout le voyage, n'avait point eu de travail en règle avec le Roi, eut des craintes pour lui-même : on débitait publiquement que Sa Majesté voulait faire maison nette, que M. de la Vrillière allait donner sa démission, et que l'on ferait en sorte d'avoir celle de M. Bertin. Le bruit courut ensuite longtemps, mais bien faussement, que celui-ci était sur le point de se retirer. J'avais les nerfs tendus de tout ce que je voyais et j'entendais : le départ de ce ministre aurait été pour moi une perte irréparable.

Les nouveaux ministres furent connus dès le 24 août. M. Turgot (1) était contrôleur général, M. de Miromesnil (2) garde des sceaux, et M. de Sartine ministre de

(1) Anne-Robert-Jacques Turgot. baron de l'Aulne, né à Paris en 1727, troisième fils de Michel-Etienne Turgot, prévôt des marchands sous Louis XV; d'abord destiné à l'état ecclésiastique, fut prieur de la Sorbonne en 1749, devint conseiller au Parlement en 1752, maître des requêtes en 1753, intendant de Limoges en 1761. Nommé ministre de la marine le 20 juillet 1774, puis des finances le 24 août suivant, il fut renvoyé le 12 mai 1776 et mourut en 1781.

(2) Armand-Thomas Hue de Miromesnil, né en 1723 dans l'Orléanais, était président du Parlement de Rouen en 1771, fut exilé par Maupeou, devint garde des sceaux en 1774, contribua au rappel, du Parlement et au renvoi de Turgot et de Necker, fit abolir la ques-

la marine; on leur expédia un courrier pour les faire venir. M. Lenoir, nommé lieutenant de police, et M. d'Angiviller (1), auquel on donna la charge de directeur général des bâtiments (2), remercièrent le 26. M. Albin, cidevant conseiller au Parlement, fougueux républicain, remplaça, à l'intendance du commerce, le petit Saint-Prix que l'on accusait d'avoir manigancé dans l'affaire des blés : il n'avait été qu'imprudent et étourdi; on le croyait riche, et il ne l'était point. Le Clerc, premier commis aux finances, ayant été congédié, eut pour successeur M. de Vaines (3), ami de M. Turgot. On projetait aussi de renvoyer M. Foulon et M. Cochin : ce dernier reçut en effet , le 7 septembre , l'ordre de remettre la direction des domaines à M. de Beaumont. On ôta la Gazette à Marin (4) : ce travail fut confié à l'abbé Aubert (5), et les fermiers généraux craignirent bientôt pour leur bail.

tion et la torture en 1780, fut renvoyé en 1787, et mourut en 1796.

(1) Charles-Claude de la Billarderie, comte d'Angiviller, directeur général des bâtiments, jardins et manufactures royales, maréchal de camp, commandeur de l'ordre de Saint-Lazare, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de sculpture et de peinture. Accusé à la Constituante, par Charles Lameth, d'avoir exagéré le compte de ses dépenses, il vit ses biens confisqués en 1794, émigra, vécut en Allemagne et en Russie, et mourut à Altona en 1810.

(2) Place que cumulait l'abbé Terray avec le contrôle général.

(3) Jean de Vaines, premier commis des finances, administrateur des domaines, receveur général des finances, commissaire de la trésorerie de 1791 à 1793, membre du bureau de commerce près le Comité de salut public en 1793, conseiller d'État en 1800, membre de l'Institut en 1803, mort le 16 mars de la même année.

(4) Claude Marin, né à la Ciotat en 1721, avocat au Parlement, rédacteur de la Gazette de France, censeur royal, secrétaire de la direction de la librairie, lieutenant général de l'amirauté, mort en 1809.

(5) Jean-Louis Aubert, né à Paris en 1731, entra au séminaire, ne reçut pas les ordres, publia des fables, rédigea, de 1752 à 1772, la partie critique et littéraire des Petites-Affiches, travailla au Journal des Beaux-Arts, dirigea la Gazette de France. En 1773, une chaire de littérature française fut fondée pour lui au Collège de France; il l'occupa jusqu'en 1784, et mourut en 1814.

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