TOURTEAU DE SEPTEUIL
l'Angleterre, et la bravoure de Charles Ier ne put lui épargner ce que les Anglais ont eux-mêmes appelé la couronne de son martyre. Eh bien ! si, comme lui, Louis XVI eût pris les armes, il eût, à la tête de sa noblesse et des troupes qui lui restaient encore au mois de juin 1789, sauvé sa couronne et préservé la France des calamités qui ont fondu sur elle.
Un fait que je puis attester, et que son valet de chambre Tourteau de Septeuil a conté, est le conseil qu'il lui donna lorsqu'il l'eut établi receveur et administrateur des revenus de sa liste civile : ce fut de placer sur les banques étrangères, et notamment sur celle d'Angleterre, de très gros fonds pris dans sa caisse. Prévoyait-il qu'un jour il aurait besoin d'un revenu qu'il pût cacher à ses tyrans? Cela peut être; mais il ne dissimulait point à son valet de chambre que, si celui-ci lui survivait, il ne devrait avoir aucun scrupule de prendre sur ce produit de quoi se créer à lui-même un sort très avantageux en pays étranger. Le monarque est mort, Septeuil est en Angleterre, et quelque jour sans doute on verra reparaître ce revenu, dont l'emploi peut faire le plus grand honneur au dépositaire.
Au nombre des garçons de la chambre, il en existait un à qui le Roi avait tourné la tête en lui persuadant qu'il le regardait comme son plus intime confident. Cette confiance se bornait pourtant à le charger de quelques messages pour faire revenir, de Saint-Cloud ou de Rambouillet, quelques petits meubles ou quelques paquets de papiers cachetés et inconnus au prétendu confident, qui était, déplus, un très honnête espion, par lequel il désirait savoir ce qu'on pensait et ce qu'on disait de lui dans le plus bas peuple. Cet homme avait obtenu une place de
prendre le titre de roi, il accepta celui de Protecteur de la République, et mourut en 4658. Son corps fut déposé à Westminster.
sous-commis chez Sémonin, garde du dépôt des Affaires étrangères ; là, sous prétexte d'un travail particulier, qu'il avait sollicité, on lui avait accordé, avec un traitement de six mille francs , l'autorisation de prendre le titre d'historiographe du dépôt des Affaires étrangères, et il avait épousé la fille d'un secrétaire particulier de M. de Vergennes. Ce sous-commis, nommé Prieur, ne pouvait ignorer les travaux dont j'avais été autrefois chargé pour ce département. Il connaissait Y Observateur hollandais. Je ne sais s'il voulut me lier d'intérêts avec lui, ou s'il me craignit et me jalousa : mais il me rechercha et parut très content de la franchise de mon accueil. A cette époque, j'avais quitté la rue Dauphine à la suite d'une très obligeante lettre par laquelle, au mois de mars 1790, M. de Bombelles(l), ministre du Roi près larépublique de Venise, avait daigné me prier de prendre, moyennant 1,200 livres de loyer, un très bel appartement, magnifiquement meublé, qu'il avait loué sans meubles 2,400 livres. MmedeMackau (2), sa belle-mère, s'était chargée de finir cette affaire avec moi, et mon premier voyage à Paris, depuis notre expulsion de Ville-d'Avray, fut pour aller remercier cette
(4) Marc-Marie, marquis de Bombelles, né à Bitche en 1744. entra dans le corps diplomatique en 1765, résida successivement à la Haye, à Vienne, à Naples, à Lisbonne et à Venise; démissionna en 1790; fut chargé par Louis XVI de missions secrètes auprès des Cours étrangères, séjourna à la cour de Prusse, puis en Suisse prit du service dans l'armée de Condé en 1800, perdit sa femme Mlle de Mackau, la même année, se retira dans un couvent de Brùnn entra dans l'état ecclésiastique en 1803, revint en France en 1814 fut nommé premier aumônier de la duchesse de Berry en 1816 devint évêque d'Amiens en 1819, maria lui-même sa fille à M. de Gastéja, et mourut à Paris en 1822.
(2) Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau, née à Soucy le 16 novembre 1723, fut sous-gouvernante des enfants de France, et en cette qualité chargée de l'éducation de Mesdames Clotilde et Elisabeth, puis de Madame Royale, fille de Louis XVI. Elle mourut à Vitry-sur-Seine le 16 février 1800.