‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 225 sur 302 · CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

Champion, s'empressa d'arrêter les suites de cette dénonciation, et n'eut pas de peine à y parvenir, car il en avait lui-même fourni le prétexte : cet enlèvement n'étant autre chose que le déménagement des livres qu'il avait luimême ordonné à mes commis, alors qu'avant le décret du 14 août 1790, il voulait installer à la chancellerie le reste de notre bibliothèque ministérielle et me mettre ainsi en état de quitter, au mois de janvier 1791, une maison où je demeurais depuis vingt ans.

Que l'on me dise, maintenant, si je ne dus pas être regardé comme le plus criminel de tous les hommes par ceux qui s'étaient emparés de la toute-puissance, et si, paisible habitant de Versailles, et ayant obtenu ma retraite à la fin de 1788, je n'eus pas à remercier ces espions qui avaient toujours eu les yeux sur moi. Je dois faire observer ici que, lorsqu'au 14 août je fus si indignement traité et si malhonnêtement dénoncé, M. Necker était encore en place. Il n'était plus rien pour la France quand, le 2 décembre, M. Camus voulut achever de me perdre ; il avait donné sa démission, et le samedi 4 septembre avait annoncé à l'Assemblée nationale sa retraite, qu'il n'a pas assez bien gardée.

Il était encore ministre et ne désespérait pas de sa fortune politique lorsque, le 12 juillet 1790 et les jours suivants, furent décrétés ces articles célèbres qui, sanctionnés le 24 août, composent ce qu'on appelle, dans le Recueil des lois de l'Assemblée nationale, la Constitution civile du clergé. C'est là que les députés de la nation suppriment tous les évêchés existants, et créent, de leur autorité, les quatre-vingt-trois entre lesquels ils divisent et partagent la juridiction pastorale.

Ce ue fut pas de bonne foi que l'Assemblée nationale donna à tous ces décrets le titre de Constitution civile, car

ce n'était autre chose qu'une organisation sacrilège de la puissance pastorale qui n'appartient qu'à l'Église^ et dont ni les rois ni les peuples n'ont jamais pu disposer. Alors, en effet, tout ce que nous avions d'évèques et de curés avaient, par la Révolution, perdu tous les rapports qu'ils entretenaient avec le gouvernement politique et civil; ils avaient renoncé à leurs biens temporels, à tous les privilèges qu'ils tenaient des rois; ils n'étaient plus que pasteurs, c'est-à-dire ce qu'étaient les apôtres avant que les princes fussent devenus enfants de l'Église. En France, plus d'ordres du clergé, plus de Chambre des pairs où les évèques eussent le droit de prendre séance; ils instruisaient, ils conféraient les sacrements; ils n'étaient plus dépositaires des preuves de l'état des citoyens, ni des registres qui constataient leur décès. Mais s'ils n'avaient plus aucune part au gouvernement temporel, ils étaient encore les seuls pasteurs et du Roi et de tous ses sujets. Ils avaient obéi au premier en se soumettant, par son ordre, à la nouvelle administration qui détruisait leurs anciennes relations politiques; dans la hiérarchie purement spirituelle^ ils ne devaient obéissance qu'à Dieu et à l'Église. Ce que j'appellerai donc la Nouvelle Constitution civile du clergé n'est autre chose que sa complète nullité; par le premier serment que les ecclésiastiques avaient prêté dans l'Assemblée, ils avaient parfaitement reconnu cette nullité. Tout ce qui leur restait d'actif se rapportait au ciel, et sur ce chemin-là la législation humaine n'avait plus rien à leur ordonner.

Le Roi, qui sanctionnait tout, n'ignorait point ces vérités; mais, ne se sentant pas la force de parler en roi, il prenait le plus détestable de tous les partis : celui de ruser avec la licence. Il devait défense et protection à son peuple, et c'était son peuple dont il avait l'air de mendier

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