‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 226 sur 302 · ÉVÊCHÉ DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ DE VERSAILLES

la protection : delà l'accueil qu'il fit, dans tous les temps, aux pétitions que s'avisèrent de lui adresser ceux qui commençaient à le plaindre; on se doute bien que jamais il ne me fut proposé d'en signer une seule.

Lorsque l'Assemblée nationale se fut avisée de ce nouveau partage des territoires anciennement assignés au haut clergé du royaume, Louis XVI eut la faiblesse de penser qu'il lui était extrêmement important d'avoir à Versailles un évèque qui ne fût point son ennemi. Un mauvais sujet, appelé l'abbé de Sergy, autrefois précepteur des Lameth (1), briguait cette prélature, et j'ai su

(4) Augnstin-Louis-Charles , marquis de Lameth, l'aîné des quatre Lameth, né en 1755, n'eut aucune part aux événements de la Révolution, entra au Corps législatif en 1805, donna sa démission en 1810, et mourut en 1837.

Théodore, comte de Lameth, né à Paris en 1756, prit part en Amérique à la guerre de l'Indépendance, fut élu en 1791 à l'Assemblée législative, défendit le Roi et la Constitution; proscrit en 1792, il se réfugia en Suisse, rentra en France après le 18 brumaire, fut nommé député pendant les Cent-Jours, et mourut en 1854 au château de Busagny (Seine-et-Oise).

Charles-Malo-François, comte de Lameth, né à Paris en 1757, fut blessé en Amérique au siège de Yorktown et nommé, à son retour, colonel des cuirassiers du Roi et gentilhomme d'honneur du comte d'Artois. Élu aux États généraux en 1789, il se réunit au tiers, vota un des premiers la suppression des titres de noblesse, se prononça pour la constitution civile du clergé, mais s'opposa à la motion de déchéance du Roi; tint souvent tête à Mirabeau; arrêté le 10 août et délivré par les efforts de son frère Théodore, il se rendit à Hambourg, revint en France après le 18 brumaire, rentra au service en 1809, devint lieutenant général sous Louis XVIII, membre de la Chambre des députés en 1829, et mourut en 1832.

Alexandre -Théodore -Victor, comte de Lameth, né à Paris en 1760, dirigea l'attaque contre la Jamaïque, fut fait colonel de chasseurs à son retour; député de la noblesse de Péronne aux États généraux, il se réunit au tiers et se prononça pour l'abolition des privilèges ; après la fuite de Varennes, il se rapprocha de la Cour, servit en 1792, en qualité de maréchal de camp, sous les ordres de Luckner et de La Fayette , avec lequel il s'enfuit pour ne pas être arrêté; partagea sa captivité en Autriche, et comme ses frères rentra en France après le 18 brumaire; devint successivement préfet

par plusieurs des plus bas domestiques , sur le dévouement desquels le pauvre prince se reposait beaucoup trop, qu'il les avait priés tous d'assister aux assemblées électorales ayant à Versailles mission d'élire un évêque, et d'employer tous les moyens imaginables pour en faire nommer un autre que ce vilain précepteur. Il triompha. Il remercia et ordonna de remercier ceux des habitants de la ville qui étaient venus à bout de faire placer sur ce nouveau siège le bon curé Avoine (1), mort depuis très repentant et très pénitent de la faute qu'il avait commise en acceptant.

Revenons à l'état où me laissa la retraite de M. Necker. Elle me priva de la société d'un homme auquel j'étais fort attaché : c'est Coster, qui, de sa vie, ne sera désormais tenté de se dire l'ami de M. Necker. Il resta à Versailles quelques semaines après le départ de son ministre, et eut tout le temps de m'achever l'histoire des menées et des intrigues qui lui avaient appris que sa probité l'avait rendu odieux à toute la société intime du perfide Genevois.

Depuis la séance royale du 23 juin, celui-ci, peut-être en désespoir de cause, s'était livré en entier, mais en secret, au projet de démonarchiser la France et d'en bannir la religion catholique. Les agents qui l'aidèrent, et les conseils auxquels il se fia, avaient besoin d'un local où ils pussent se rassembler; M. Necker, qui sans doute avait

des Basses- Alpes, de Rhin-et-Moselle, de la Boër, du Pô, et baron de l'Empire; reprit sous la Restauration son titre de comte; fut nommé lieutenant général, pair de France pendant les Cent-Jours, membre de la Chambre des députés en 1819 et en 1828, et mourut à Paris en 1839.

(1) J.-J. Avoine, curé de Gomecourt (Seine-et-Oise), prêta serment à la constitution civile du clergé, fut élu évêque constitutionnel de Seine-et-Oise, et mourut le 3 décembre 1793.

PETITS GONVENTICULES. 487

été mécontent de ce que Goster n'était pas venu le chercher lorsque, au mois de juillet, le Roi s'était cru obligé de le faire revenir, annonça bientôt à son ancien protégé que cet appartement à triple ouverture, que j'ai déjà dépeint, lui était nécessaire. Le prétexte fut d'y loger sa femme et sa fille ; mais, en réalité, c'est là qu'à des heures marquées affluèrent tous les jours, et surtout pendant de longues soirées, les Mirabeau, les Lameth, les Sieyès et les habiles meneurs de cette grande entreprise. Les diverses factions dont il fallait se servir et dont on voulait combiner les mouvements avaient chacune et le moment fixe où elle devait arriver, et la porte même par où elle devait entrer.

Dans ces petits conventicules, il faut en convenir, la fille, enivrée des éloges qu'elle recevait partout, et pensant déjà marcher l'égale de son père, se croyait infiniment supérieure à sa mère, qui acceptait bien un Dieu, qui assurait même qu'on ne pouvait s'en passer, et qui voulait que l'on accordât beaucoup à la religion des Français, pourvu qu'ils abandonnassent le pape et les moines.

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