‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 229 sur 302 · LE VICOMTE DE MONTMORENCY, DÉPUTÉ AUX ÉTATS · texte numérisé non relu

LE VICOMTE DE MONTMORENCY, DÉPUTÉ AUX ÉTATS

rency (1), fut nommé député aux États parles électeurs de Montfort-TAmaury, un mois avant l'âge que l'on devait avoir pour remplir cette place. En cela, je certifie bien que la duchesse de Luynes, qui remplit le vœu de son père en mariant sa fille Hortense (2) avec M. de Montmorency, cousin germain de celle-ci, fut rudement blâmée par le maréchal d'avoir fait de son neveu un représentant de la nation, et qui pis est, un déserteur du parti royaliste. La colère même du brave maréchal a été d'autant mieux connue, qu'il a, pendant plusieurs années, fait fermer sa porte au vicomte.

Parlerai-je de la confiance sans réserve qu'elle voua à l'évêque d'Autun (3)? Elle le croyait bon et fidèle ami,

(1) Mathieu-Jean-Félicité, vicomte de Montmorency-Laval, puis duc de Montmorency, né à Paris le 10 juillet 1767, servit dans la guerre d'Amérique, embrassa les principes de la Révolution, fut député de la noblesse de Montfort-l'Amaury aux États généraux en 1789, proposa l'abolition des titres de noblesse dans la nuit du 4 août ; se retira en Suisse lorsque la République fut proclamée; rentra en France après le 9 thermidor. Sous la Restauration, il devint aide de camp du comte d'Artois, pair de France, ministre des Affaires étrangères en 1822, ambassadeur au congrès de Vérone, gouverneur du duc de Bordeaux et, en 1825, membre de l'Académie française. Il mourut le 24 mars 1826.

(2) Pauline-Hortense d'Albert de Luynes, née le 1er août 1774, mariée le 12 août 1788, morte à Bonnétable le 30 juillet 1858.

(3) Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, né à Paris le 2 février 1754, agent général du clergé en 1780, évêque d'Autun et membre de l'Assemblée des notables en 1788, député aux États généraux en 1789, membre de l'Assemblée constituante, prêta serment à la Constitution civile du clergé; décrété d'accusation par le parti de Robespierre en décembre 1793, il se rendit en Amérique, rentra à Paris en 1796, fut ministre des Affaires étrangères du 15 juillet 1797 au 20 juillet 1799, aida puissamment au 18 brumaire, redevint ministre des Affaires étrangères le 22 novembre 1799, obtint du Pape un bref de sécularisation le 29 juin 1802 et épousa civilement Mme Grand, fille d'un capitaine du port de Pondichéry, nommé Worley. Grand chambellan en 1804, prince de Bénévent en 1806, vice-grand électeur de l'Empire en 1807, archichancelier d'État en 1808, il fut privé du portefeuille des relations extérieures et de sa place de grand chambellan en 1809, se jeta dans

incapable de nuire, et ne prévoyait point sans doute son apostasie. Cependant, elle connaissait certainement sa morale corrompue, sa détestable politique, et ne le regardait pas comme un saint. Elle était probablement aussi fâchée que lui qu'on l'eût fait évèque; mais c'était une chose sur laquelle il n'y avait point à revenir : il pouvait être un très mauvais prélat, elle n'en resta pas moins son amie, n'eut point d'autre politique que la sienne, et fut une des premières femmes de la Cour qui se montrèrent à toutes les tribunes, avec l'air d'applaudir aux décrets les plus antimonarchiques. N'allons pas plus loin sur ce sujet; je ne veux revoir Mme la duchesse de Luynes que lorsqu'il me sera bien prouvé que notre malheureuse reine, avant de mourir, a reçu l'hommage de son repentir et de ses larmes. Suivons maintenant mon histoire dans les relations que j'ai pu encore avoir avec elle.

Dépouillé par l'Assemblée et persuadé que l'on ne me payerait jamais la pension de retraite que le Roi m'avait accordée, je fus averti, par M. le président d'Ormesson, des démarches qu'il me fallait faire et des pièces que je devais présenter pour faire liquider, d'après les décrets et non d'après le vœu meurtrier du 14 août, le traitement qui m'était dû après trente ans de service. Je me souviendrai toujours que ce bon président daigna se constituer mon homme d'affaires; m'ayant conduit dans un bureau, nous rencontrâmes, en descendant l'escalier, le vicomte de Noailles (1), qui me paraissait, comme tant

l'opposition, dicta au Sénat, en 1814, l'acte de déchéance de Napoléon etacceptalaprésidencedugouvernement provisoire. Louis XVIII le nomma ministre des Affaires étrangères, puis grand chambellan et pair de France. Il contribua à la révolution de juillet 1830, fut ambassadeur à Londres, abjura ses erreurs à ses derniers moments, et mourut à Paris en 1838.

(1) Louis-Marie, vicomte de Noailles, deuxième fils de Philippe de

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