‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 239 sur 302 · LE DERNIER DES BRAVES TIMOLEON · texte numérisé non relu

LE DERNIER DES BRAVES TIMOLEON

tages;Mme Moreau était bien résolue de les faire valoir, et nous ne retournâmes occuper l'appartement que nous avions au château, que lorsqu'elle eut mis ce nouveau domaine dans l'état où j'avais moi-même mis l'ancien. Mme de Talaru habitait encore , à cette époque, le pavillon accordé à la place de son mari (1), et M. de Clédat, très pressé de hâter l'époque de son mariage, cherchait par tous les moyens à la rendre favorable à son union avec ma fille. Elle n'en était nullement d'avis, mais Mme Moreau, qui ne la croyait pas là-dessus, l'écoutait beaucoup plus sur les principes de l'économie rurale, à laquelle elle ne cessait de lui conseiller de se livrer. Elle lui prêta même beaucoup d'assignats pour cela; moi qui, sur l'avantage de la culture, ne pensais pas tout à fait comme ces deux dames, je me contentai, avant de quitter Chambourcy, de tirer parole de Gallois, mon fermier, que jamais il ne confondrait avec mon ancienne ferme, dont je voulais que le revenu me fût toujours conservé intact, l'administration et les dépenses de la régie de notre domaine des Fournielles. Il s'y engagea, mais ne tint pas sa promesse.

Pendant le temps que nous passâmes à Chambourcy, cette année -là, une femme bien différente de Mme de Talaru se lia avec nous. J'avoue que je fus enchanté quand j'appris que Mme d'Aguesseau (2), veuve du doyen du Conseil, s'était établie à Poissy, dans notre voisinage; nous la vîmes fort souvent. Nous nous donnâmes mutuellement à dîner, et je me flattai de retrouver prochainement chez elle la meilleure et la plus ancienne de mes amies, Mme de la Tournelle. Sa tante, Mme d'Aguesseau, m'ôta bientôt toutes les espérances que j'avais conçues à

(1) Premier maître d'hôtel de la Reine.

(2) Gabrielle-Anne de la Vieuville, née le 19 juillet 1735.

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cet égard. Je ne pouvais blâmer cette dernière d'avoir acquis l'appartement qu'avait conservé Mme des Fournielles à l'abbaye de Poissy : sa plus douce société était alors celle des dames de cette abbaye, où elle avait été élevée. Mais je lui reprocherai le peu de délicatesse qu'elle a eu, d'acheter de la nation l'hôtel où son mari était mort à Paris. Elle était, disait-on, entièrement gouvernée par un petit médecin domestique, nommé Bayle, ayant servi de garde au pauvre M. d'Aguesseau durant la longue enfance qui a terminé sa carrière. Voilà l'homme qu'elle a épousé depuis, et qui, pour devenir son mari, a commencé par divorcer avec sa femme. Il nous est impossible de la voir après cela; néanmoins, je goûte assez la maxime par laquelle j'ai entendu M. de Clédat l'excuser : « Toutes ces horreurs, elle les a commises sous le couteau de Robespierre ! »

On sait combien la fin de l'année 1791 fut orageuse : le Roi fit l'énorme faute de souffrir que l'Assemblée constituante se séparât. Le mardi 13 septembre, il lui avait écrit qu'il acceptait la Constitution, et dans une assemblée solennelle, tenue le 14, il l'avait signée et avait juré de la maintenir et de la défendre de tout le pouvoir qui lui était délégué. Il n'était donc plus rien que le premier des fonctionnaires publics lui devant obéissance, car il ne faisait point, comme en Angleterre, au moins une partie essentielle et intégrale du souverain, et voilà où l'attendaient les conspirateurs décidés à briser son sceptre et à détruire son trône !

Le 22 septembre, un Te Deum avait été chanté à Notre- Dame pour remercier Dieu de ce que la France n'avait plus de roi, et les conjurés, quels qu'ils fussent, étaient bien sûrs qu'avant un an, elle n'aurait plus de monarchie. Ce fut le vendredi 30 qu'en présence de Louis XVI, qui

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