‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 262 sur 302 · IRRÉLIGIEUSE PHILOSOPHIE DES GRANDS · texte numérisé non relu

IRRÉLIGIEUSE PHILOSOPHIE DES GRANDS

instruire les hommes : Hœc dicit Dominas Deus : Ecce ego ad te et ejiciam gladium meum de vagina tua et occidam in te justum et impium. (Ëzéch., chap. xxi, 5.) Voilà ces punitions en masse destinées à servir de leçon aux peuples, comme les succès et les jouissances en masse doivent récompenser leur fidélité.

En continuant de chercher dans les faits qui ont dû nous frapper tout récemment et dans ceux qui ont marqué le siècle précédent, nous trouvons de nouvelles preuves de cette justice que Dieu paraît avoir voulu exercer sur les rois qui l'ont abandonné, et sur les hommes qui, sans retourner à lui, n'ont essayé de se mettre à leur place que pour devenir, comme eux, les tyrans de leurs frères et de leurs égaux. Cette irréligieuse philosophie qui, sous le régent Philippe d'Orléans (1), levait déjà sa tête altière dans les orgies du Palais-Royal, corrompt la Cour de Louis XV, et, pendant le règne du successeur immédiat de Louis le Grand, menace son trône. Elle triomphait, elle se croyait déjà, lors du ministère du duc de Choiscul, sûre de tout renverser. C'est du Palais- Royal que sort, sous Louis XVI, le feu destructeur de la monarchie : le petit-fils de cet impie régent épouse une Messaline, qui blasphéma jusqu'à ses derniers moments; son fils est un monstre et le plus méchant des princes qui, depuis Clovis jusqu'à nous, ont mérité, non le mé-

(1) Philippe, duc d'Orléans, neveu de Louis XIV, né à Saint-Cloud le 2 août 1674, d'abord duc de Chartres, épousa, en 1692, Mlle de Blois, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan; conçut un instant la pensée de se placer sur le trône d'Espagne, dut signer une renonciation à sa prétention, s'occupa d'alchimie, ce qui lui valut d'être accusé de la mort soudaine du Dauphin, du duc et de la duchesse de Bourgogne et de leur fils aîné Un prétendit qu'il convoitait l'héritage de Louis XIV : à la mort de ce prince, en 1715, il lit casser son testament par le Parlement, obtint la régence à' la place du duc du Maine, et mourut à Paris le 2 décembre 1723.

pris, mais l'horreur des siècles. Il semblait livré aux puissances de l'enfer, qui soufflèrent dans son âme de boue les plus absurdes folies et les plus terribles comme les plus cruelles vengeances, et on a bien le droit de livrer à la haine et à l'indignation de la génération présente et des générations futures ce détestable ambitieux qui, pour laisser le trône à ses enfants, assassina le chef de son auguste maison. Il a expié ses forfaits sur l'échafaud même où il avait fait conduire ce vertueux prince. Mais quels crimes préparaient et annonçaient, depuis près d^un siècle, la justice que Dieu a faite de ce parricide conjurateur, et quel spectacle, pour un observateur philosophe et religieux, que celui des routes par lesquelles s'avance la Providence lorsqu'elle veut châtier les nations et instruire leurs plus grands rois!

Le libertinage des sens, au temps de Henri IV, n'était pas joint à la rébellion contre le ciel; nos vieux Français étaient ignorants; ils pouvaient être superstitieux, mais ils craignaient Dieu. Louis XIV, le plus absolu et le plus puissant de tous ceux qui, depuis Charlemagne, ont gouverné la France, le craignait aussi ; je dis le plus puissant, et non le meilleur, car saint Louis, Louis XII et Henri IV lui-même valaient mieux que lui. Ces princes, comme tant d'autres que je pourrais nommer, avaient été à l'école du malheur ; lui , entouré de flatteurs qui l'adoraient, pécha par orgueil, se crut tout permis, et ne reconnut plus de lois que ses volontés. Il apprit par les malheurs dont fut affligée sa vieillesse, et l'univers entier apprit ensuite par le triste sort de ses arrière- petits -fils, combien était fausse et funeste cette politique des Cours qui sacrifie tout à la puissance d'un maître, et combien devait être désastreuse pour les peuples cette irréligieuse philosophie qui flatte leur licence. Eh bien, je crois digne

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