‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 271 sur 302 · PROCÈS DU CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

PROCÈS DU CARDINAL DE ROHAN

évêque contre lequel aussi la tyrannie viola toutes les lois. Le cardinal, conduit à la Conciergerie, vit de près et la dégradation qu'il méritait et le supplice dont il était menacé. Mais le Parlement , dans lequel les puissances ennemies de la monarchie entretiennent depuis si longtemps l'esprit de révolte, le Parlement cède aux mêmes puissances invisibles, qui l'arment contre l'injustice. Le cardinal est absous; la Reine est punie,, par la honte, de tout ce qui, dans sa conduite, ne mérite que la honte. Des punitions, plus sévères en apparence, mais moins effrayantes dans leurs suites, tombent sur les méprisables agents de toutes ces impostures (1), et observez que, parmi eux, on rencontre quelques gouttes du sang de ce persécuteur farouche qui assassina autrefois tantôt les protestants et tantôt les Guises, car il est bien avéré que cette exécrable La Motte (2), que fouetta et

tenu à Paris en 577, et exilé à Jersey par suite du mécontentement de la Reine. Rentré dans son diocèse en 584, il excita de nouveau la colère de Frédégonde en lui reprochant ses forfaits, et elle le fit assassiner dans la cathédrale en 588.

(1) L'arrêt du Parlement du 31 mai 1786 condamnait Marc-Antoine-Nicolas de la Motte, contumace, au fouet, à la marque et aux galères à perpétuité; bannissait à perpétuité Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, complice principal de Mme de la Motte et l'auteur du faux des prétendues lettres de la Reine et de ses approuvés apocryphes; ordonnait que Mme de la Motte, la corde au col, ferait amende honorable, serait battue et fustigée de verges, flétrie d'un fer chaud, en forme de V, sur les deux épaules, puis enfermée à perpétuité en la maison de force de l'hôpital général de la Salpêtrière (elle trouva moyen de s'évader en 1787 et de s'enfuir en Angleterre) ; confisquait les biens des trois condamnés; mettait hors cour Marie- Nicole Le Guay, dite d'Oliva, que, dans l'entrevue du bosquet, on avait fait passer pour Marie-Antoinette à laquelle elle ressemblait; déchargeait de toute accusation le cardinal de Rohan et Alexandre de Cagliostro, qui avait été impliqué dans cette affaire, en raison de ses relations avec le cardinal.

(2) Jeanne de Saint-Remy de Valois, comtesse de la Motte, née à Fontette (Aube) le 22 juillet 1756, était fille de Jacques de Saint- Remy de Valois, d'abord appelé de Luz, puis de Valois, baron

marqua le bourreau, descendait de nos derniers Valois.

Sans nous appesantir sur l'examen de tous les anneaux de l'horrible chaîne de faits qui, depuis cette funeste époque, naissent les uns des autres, n'oublions pas que cet indigne évêque se trouve, quelques années après, l'un des membres de l'Assemblée par laquelle les premiers et les plus terribles coups furent portés à la monarchie, et que bientôt sa persécutrice, réduite en captivité aux approches de la même fête dont elle avait profané la solennité, après avoir été livrée aux horreurs d'une prison beaucoup plus longue que la sienne, est, comme lui, conduite à la Conciergerie et n'en sort que condamnée à la mort (1).

Peut-on refuser de voir dans tout ceci un pouvoir plus qu'humain, et n'est-on pas obligé de reconnaître le bras tout-puissant de Dieu dans ces rapprochements si impré vus, et cependant si exactement adaptés à la nature des scandales à travers lesquels la justice divine marche vers son but? Je rapporterai encore une anecdote dontlerésultat sera le même. Un des abus les plus funestes à l'esprit et au progrès de la religion, une des profanations que l'épuration générale, fruit de la Révolution, doit faire disparaître, est la disposition sacrilège des grands bénéfices et des richesses destinées autrefois, par leurs fondateurs, à l'entretien du culte et à la nourriture des pauvres. Le grand prieuré du Temple était un de ces bénéfices, et il

de Saint-Remy, et descendait au septième degré de Henri de Saint- Remy, fils naturel de Henri II, roi de France, et de Nicole de Savigny, dame de Saint-Remy, deFontette, du Châtelier et de Noèz. On prétend qu'elle se suicida, en 1791, en se jetant d'une fenêtre sur le pavé de la rue.

(1) Marie-Antoinette entra au Temple le 13 août 1792 et fut transférée à la Conciergerie le 2 août 1793. Elle partit de cette prison pour monter sur l'échafaud le 16 octobre suivant.

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