‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 31 sur 302 · ARRIVEE DE M. DE LA CHALOTAIS · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE M. DE LA CHALOTAIS

dont on ne connaissait d'exemple que pour le cardinal de Richelieu, dans le procès fait par contumace au duc de la Valette (1).

M. deMontyon se fît beaucoup d'honneur dans cette assemblée : il osa mettre en question si le conseil pouvait être juge, et il prouva qu'il ne le pouvait pas. Son avis fut suivi de deux autres; M. Gilbert de Voisins, impatienté, dit : « On peut se retirer, mais on ne doit pas discourir. » Parole bien fâcheuse et qui n'honorait point ses cheveux blancs. Quelques jours après, parut une brochure contre les commissions du conseil : c'était un ouvrage de parti composé dans une manufacture de remontrances. Cet écrit ne persuada personne; on pouvait dire beaucoup moins et beaucoup mieux sur la besogne qui occupait tout Paris, où l'on murmurait très fort contre la conduite du conseil. Tous les yeux étaient fixés sur M. de la Chalotais qui venait d'arriver à la Bastille en même temps que les autres accusés. On avait levé les lettres de cachet tenant mademoiselle sa fille dans un couvent, et Mme de la Roche avait aussi été amenée dans cette prison pour être confrontée.

Le 20 décembre, le feu était assez violent au Parlement : sur la défense du Roi de prendre des conclusions, les Chambres assemblées avaient arrêté des représentations. A ces représentations, le Roi répondit que la compagnie eût à se rendre à Versailles, et, dans sa réponse, annonça

(1) Bernard de Nogaret, duc de la Valette, fils de Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Épernon, né à Angoulême en 1592, combattit les Espagnols, puis les insurgés de Guyenne dits les Croquants; fut accusé d'avoir fait échouer par jalousie contre Gondéle siège de Fontarabie en 1638; s'enfuit en Angleterre et fut condamné à mort par contumace en 1639. A la mort de Louis XIII, il obtint la cassation de son jugement, devint gouverneur de la Guyenne, puis de la Bourgogne, et mourut en 1661.

que M. de la Chalotais était exilé à Saintes. Nouvelles Remontrances du Parlement, auxquelles le Roi répondit à nouveau que l'affaire de M. de la Chalotais ne compromettait point l'honneur des magistrats, etc., et que l'on ne devait plus se mêler de cette affaire qui était terminée (24 décembre). Cette réponse était tournée de telle manière que les partisans de M. de la Chalotais ne pouvaient manquer de dire que le Roi avait assuré que l'honneur des accusés de Bretagne n'était pas compromis.

Cela fut loin de calmer l'effervescence des partis : on voulait obtenir justice contre M. le duc d'Aiguillon, et dès que le Roi eut rétabli l'ancien Parlement de Bretagne (1) (juillet 1769), celui-ci joignit ses réclamations à celles de M. de la Chalotais qui demandait que l'on fît son procès. M. le duc d'Aiguillon (2), de son côté, pria le Roi de lui donner pour juges le Parlement avec les pairs. Les choses suivirent d'abord une marche régulière, mais dans un

(1) La grande majorité des membres du Parlement de Rennes, mécontents de l'accueil fait à leurs remontrances, avaient démissionné au mois de mai 1765; sommés de reprendre leurs fonctions pour juger M. de la Chalotais, ainsi que M. de Caradeuc, son fils, et trois conseillers, dont deux du nom de Charette, qui avaient été arrêtés avec lui, ils refusèrent et furent remplacés par une commission du conseil d'État. Cette commission ayant elle-même été dissoute, le Parlement fut rétabli avec la minorité non démissionnaire, augmentée de quelques-uns des démissionnaires qui revinrent sur leur premier mouvement, et de nouveaux conseillers créés par le Roi. De là, de nombreuses réclamations qui, en 1769, finirent par décider Louis XV à rappeler l'ancienne compagnie, mais pas intégralement.

(2) Malgré tous ces démêlés, Moreau cite, dans son Journal, une circonstance où le duc d'Aiguillon prit très chaudement la défense de M. de la Chalotais. — 2 février 1774. M. le duc d'Aiguillon s'est fait le plus grand honneur ces jours derniers dans le conseil : il est le seul ministre qui ait cherché à adoucir la peine due à la folie de M. de la Chalotais. Cet homme est extrêmement malheureux. Une de ses filles et ses petits-enfants sont venus le voir à Saintes. Tout cela est mort. M. de la Chalotais a écrit au Roi une lettre très vive, pour lui mander qu'il partait pour se rendre dans sa patrie et s'ar-

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