‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 32 sur 302 · RÉSISTANCE DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DU PARLEMENT

lit de justice, tenu le 27 juin 1770, le Roi interrompit et défendit toutes poursuites, et prescrivit le silence le plus absolu. Le Parlement, appuyé par plusieurs Cours de province, ayant refusé d'obéir, Sa Majesté se rendit au palais le 3 septembre, et se fît remettre toutes les pièces de la procédure. On prétendit que M. le chancelier (1) était pour beaucoup dans cette détermination. Le 27 novembre suivant, un édit royal condamna le système des classes, les cessations de service, et la résistance au Roi après qu'il a répondu aux Remontrances qui lui ont été adressées. Cet édit contenait, dans son préambule, des imputations graves contre les magistrats : le Parlement déclara qu'il ne pouvait l'enregistrer sans se déshonorer^ et qu'il n'avait plus qu'à périr avec les lois; il cessa le service et persista dans cette résolution, malgré les lettres de jussion qui lui furent envoyées. Cependant, le 7 janvier 1771, il arrête, àla pluralité de cinquante-huit voix contre cinquante-cinq, qu'il reprendra ses fonctions; en même temps, il déclare que la Cour ne reconnaîtra jamais comme loi de l'État un édit qui, par ses dispositions, porte atteinte aux anciennes maximes et aux lois du royaume. Cette reprise de service fut le fruit des négociations suivies avec chaleur par M. le prince de Condé : il assura à tous ces messieurs qu'il ne serait plus question de l'édit. Son but était de faire juger Mme de Monaco (2), qui fut

radier aux tombeaux de sa famille, prêt à porter sa tête sur un échafaud si Sa Majesté l'exigeait. Tout le conseil a été d'avis de l'enfermer à Loches. M. le duc d'Aiguillon a osé représenter qu'ici la folie était l'effet du malheur, s'est chargé de la réponse, et a obtenu qu'elle serait tournée de manière que M. de la Chalotais puisse rester dans sa terre tant qu'il voudra. Il ne doit se rendre à Loches que lorsque sa santé le lui permettra. — 26 février 1774. M. de la Chalotais a sa liberté : c'est un bienfait de M. d'Aiguillon.

(1) Maupeou.

(2) Marie-Catherine de Brignole, d'une illustre famille génoise,

en effet séparée de son mari le 8, par arrêt de défaut de comparoir.

Le lendemain, M. le premier président alla à Marly pour communiquer au Roi l'arrêté du 7. M. de la Vrillière lui dit que l'on ne venait point à Marly sans ordre, et que, d'ailleurs, étant le chef d'une compagnie qui était en désobéissance, il devait s'y montrer moins qu'un autre. Ce fut M. le chancelier qui présenta au Roi l'arrêté du Parlement. Louis XV le mit dans sa poche et dit : « Cela est bon. » M. le chancelier et ses amis publièrent qu'ils n'avaient eu aucune part aux dernières lettres de jussion, et qu'elles étaient l'ouvrage du contrôleur général (1). Le dimanche 13,1a réponse du Roi fut remise à M. le premier président : elle portait que le Parlement avait bien fait de reprendre ses fonctions, et que Sa Majesté ferait exécuter

mariée à Honoré-Camille-Léonor Grimaldi, duc de Valentinois, prince de Monaco. Admirée et courtisée à Versailles et à Paris, cette princesse longtemps irréprochable se révolta lorsque son mari, jaloux et brutal, la somma de rentrer dans ses États, en lui laissant entendre qu'ils pourraient à son gré se transformer en prison. Ce fut alors qu'elle demanda au Parlement de Paris un arrêt de séparation. Quand elle l'eut obtenu, elle s'attacha au prince de Condé, qu'auparavant elle avait consenti à éloigner par déférence pour son mari. En 1789, elle le suivit en exil, et, étant devenue veuve en 1795, elle l'épousa, avec l'assentiment de Louis XVIII, quelque temps après la mort du duc d'Enghien, et mourut elle-même en 1813. — Vendredi 23 février 1771. Mardi dernier, M. le prince de Monaco, accompagné de M. de Marsan et de M. le duc de Fitz- James, a été trouver le Roi, et lui a remis un mémoire par lequel, attendu les sujets de plainte qu'il a contre sa femme, il demande qu'il soit fait à celle-ci défenses de paraître à la Cour. On a prétendu que, depuis un certain temps, elle s'y produisait avec quelques espérances que M. le prince de Condé favorisait lui-même. Le Roi a reçu le mémoire, l'a mis dans sa poche et a tourné le dos. Sa Majesté paraît de mauvaise humeur depuis quelques jours. — 23 juillet 1774. Le bruit court que Mme de Monaco a eu ordre de se rendre dans un couvent; d'autres assurent qu'elle a simplement défenses de paraître à la Cour. {Journal de Moreau.) (1) L'abbé Terray.

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