‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 91 sur 302 · LA BELLE MME DE GENLÏS · texte numérisé non relu

LA BELLE MME DE GENLÏS

rances, et on leur accorda vraisemblablement quelques bienfaits pécuniaires. Tout cela fut l'ouvrage de Mme de Montesson, et cependant, je le répète, elle n'était ni la tante ni la sœur de Mme de Saint-Aubin, comme certains papiers publics ont voulu le faire soupçonner.

Cette belle Mme de Genlis (1), qui fut si estimée, si respectée même, du plus vicieux et du plus insensé de nos princes, et eut le malheur de se brouiller pour lui avec la digne et respectable princesse dont on lui avait donné les enfants à élever, est veuve aujourd'hui. On connaît ses ouvrages; il n'en est aucun qui ne respire l'honnêteté, et ne contienne des principes d'éducation faisant honneur à celle qu'elle a reçue, non de Mme Bellevaux, mais de Mme Ducrest. Je ne sais si les deux chanoinesses étaient déjà mariées lorsque cette prétendue mère de deux filles qu'elle n'avait point portées, épousa le vieux baron d'Andlau; mais je crois bien que sa sœur, Mme de Montesson, ne lui procura, ni même ne lui conseilla cette alliance, qui ne lui apportait qu'un nom et ne lui promettait qu'une très modique pension viagère, qui n'a pas dû être payée. J'ai connu ce baron, l'aîné du comte et de l'abbé d'Andlau qui ont été mes meilleurs amis. Le comte avait eu la succession de Mme de Kainglein, sa mère, et du maréchal Du Bourg (2) qu'elle avait épousé

(1) Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin, née en 1746, d'abord chanoinesse du chapitre d'Alix, près de Lyon, épousa en 1762 le comte de Genlis, depuis marquis de Sillery, fut dame d'honneur de la duchesse de Chartres, depuis duchesse d'Orléans, reçut en 1782 le titre de gouverneur des enfants de cette princesse, émigra en 1793, rentra en France en 1800, reprit alors le nom de Genlis et mourut à Paris en 1830. Elle a écrit une grande quantité de contes, fables, romans et petites comédies se rapportant presque tous à l'éducation.

(2) Léonor-Marie du Maine, comte du Bourg, né en 1655, maréchal de France, vainqueur des Impériaux à Humersheim, mort en 1739.

en secondes noces : on devine pourquoi. L'abbé avait, du produit de ses bénéfices, acquis auprès de Provins une jolie terre qu'il a laissée à une nièce. Pour le baron, leur aîné, le plus fou et le plus dissolu des hommes, je ne lui aurais pas fait épouser une honnête servante à qui j'aurais voulu du bien. Aussi cette infortunée baronne vécut-elle du produit de quelques brochures qu'elle écrivait, et des secours que Mme de Montesson, sa sœur, lui donna par pitié, lorsqu'elle apprit à quel indigne joug cette femme d'esprit avait eu la bêtise de se soumettre. En terminant le récit de cette portioncule de l'histoire de notre siècle, je tiens à affirmer que je puis attester tous les faits qui y sont relatés, comme y ayant eu part ou en ayant été témoin, ou bien comme m'ayant été rapportés par des gens dignes de foi.

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