ÉMEUTES ET PILLAGES
çonnait de se livrer au commerce des blés, eut sa maison pillée (1). Le contrôleur général y envoya l'intendant, M. de Bacquencourt; celui-ci demanda les moyens de nourrir le peuple; le ministre lui répondit : « Monsieur, ne vous mêlez de rien, faites bonne mine; au reste, il faut imposer la rigueur des lois. » Il y eut des émeutes pour les mêmes causes, mais moins vives, dans plusieurs autres villes du royaume.
Il parut, le 24 avril, un excellent livre de M. Necker, contre le système de liberté indéfinie de M. Turgot; il était intitulé : Sur la législation et le commerce des grains; quelques personnes, entre autres l'abbé Roubaud (2), le traitèrent beaucoup trop cavalièrement, ainsi que la question des blés.
A Paris, le pain était à quarante-deux sous les vingt livres pour les pauvres, à quinze sous les quatre livres pour les plus aisés. On était inquiet; tout le monde craignait depuis qu'on annonçait que la police ne se mêlerait plus de rien. Les paysans des environs se rassemblaient et s'ameutaient pour piller les boulangers Ils allèrent en troupe à Beaumont-sur-Oise et saccagèrent les bateaux de grains et de farine. De là, ils se rendirent à Pontoise, où le marché, qui devait être garni, tous les samedis, d'environ dix-huit cents à dix-neuf cents septiers de blé, n'en avait, au dernier samedi d'avril, que deux cent cinquante; ils s'en emparèrent, ainsi que des farines qui
(1) On voulut même tuerie gouverneur, M. de la Tour-du-Pin, que l'on accusait d'avoir exaspéré les paysans qui se plaignaient de manquer de pain, en leur répondant : « Mes amis, l'herbe commence à pousser ; allez la brouter. »
(2) Pierre-Joseph-André Roubaud, prêtre, né à Avignon en 1730, vint se fixer à Paris, se distingua comme économiste, grammairien et littérateur, fut exilé, en 1775, pour avoir censuré des abus administratifs; mais Necker le rappela en 177G. Il mourut en 4791.
se dirigeaient sur Paris, se cantonnèrent sur les chemins et interceptèrent les communications. Le premier mai, sérieuse émeute à Saint-Germain, marché pillé. Ce jour-là, toute la police fut dans de grandes alarmes : les paysans attroupés menaçaient de venir à Paris. La tête tourne à ce pauvre M. Lenoir. D'un côté, M. Turgot lui dit : « Ne vous mêlez pas du pain » ; de l'autre^ on lui crie : « Veillez à la sûreté de la capitale. » Il ne peut distinguer les objets, va trouver M. de Sartine, veut avoir des ordres du Roi par écrit, et pourtant nulle mesure efficace de prise.
Cependant les scènes de pillage se multiplient : ces mêmes paysans qui sont allés à Saint-Germain accourent en foule à Versailles, armés de bâtons, portant des sacs et de l'argent; ils pillent le marché, commettent beaucoup de violences, prennent le pain chez les boulangers. Ces mouvements avaient été prévus : les gardes du corps, les Suisses, la Maison du Roi, étaient sous les armes. M. de Poix (1) monte à cheval, ainsi que M. de Beauvau. Le peuple insulte M. de Poix et le couvre de farine. Alors il demande à ces gens : « A combien voulez-vous que Von fixe le prix du pain? » — «A deux sous », lui est-il répondu. — « Soit, à deux sous », reprend M. de Poix. De ce moment, on enlève à ce prix celui de tous les boulangers. Puis les paysans se dispersent dans les campagnes, sacca-
(1) Philippe-Louis-Marc-Antoine de Noailles, prince de Poix, fils de Philippe comte de Noailles , maréchal de Mouchy, et d'Anne- Claude-Louise d'Arpajon, né le 22 novembre 1752, chevalier de Malte et grand-croix héréditaire de cet ordre à seize ans, en vertu du privilège accordé le 30 mai 1645 à Louis, marquis de Séverac, duc d'Arpajon, son trisaïeul, pour avoir sauvé l'île de Malte de l'invasion des Turcs; député de la noblesse aux États généraux, s'enthousiasma d'abord pour les idées nouvelles, s"en détacha bientôt, émigra en 1791, revint à Paris se mettre à la disposition de Louis XVI. resta à ses côtés pendant la journée du 10 août, fut gouverneur du château de Versailles sous Louis XVIII et mourut en 1819.