‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 108 sur 307 · MARIAGE DE MADAME CLOTILDE. M · texte numérisé non relu

MARIAGE DE MADAME CLOTILDE. M

Je reviens maintenant aux événements de 1775. Madame Clotilde, sœur du Roi, avait été demandée en mariage, le 31 janvier de cette année-là, par l'ambassadeur de Sardaigne, pour le prince de Piémont (1). On s'occupa beaucoup de cette union et le bruit se répandit également que Madame Elisabeth (2) épouserait le prince de Portugal. Au sujet de la première, quatre vers très plaisants couraient tout Paris :

Au bon Savoyard qui réclame Le prix de son double présent, En retour, nous donnons Madame :

C'est le payer bien grassement (3).

La demande ofGciclle de Madame Clotilde eut lieu, à Versailles, le mercredi 9 août : le comte de Viry arriva en grand cortège et extrêmement accompagné ; il flt plusieurs fois le tour de la cour de Versailles et fut ensuite admis à l'audience du Roi. La cérémonie du mariage s'accomplit le 21 : Monsieur représentait le prince de

donné au Roi par Necker, ait été composé par Pezay. {Journal de Moreau.)

(1) Gharles-Emmanuel-Ferdinand, prince de Piémont, fils de Victor-Amédée III, roi de Sardaigne, et de Marie-Antoinette-Ferdinande, infante d'Espagne, né le 24 mai 1751, succéda à son père, en 1796, sous le nom de Charles-Emmanuel II; ses États continentaux ayant été envahis par les armées de la République française, il se réfugia dans l'île de Sardaigne en 1798. Rétabli un instant sur le trône, il perdit tout espoir après Marengo, abdiqua le 7 juin 1802 en faveur du duc d'Aoste (Victor-Emmanuel !•'), son frère, alla vivre à Rome, et y mourut, en 1819, sous l'habit de jésuite.

(2) Élisabeth-Philippe-Marie-Héiéne de France, titrée Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, née à Versailles le 3 mai 1764, se fit remarquer par sa charité , ses goûts sérieux et surtout par son courage et son dévouement à. Louis XVI, qu'elle accompagna à Varennes ; fat enfermée au Temple, après le 10 août, avec la famille royale, et mourut surl'échafaud le 10 mai 1794.

(3) Allusion aux deux princesses de Savoie qui avaient épousé. l'une le comte de Provence, l'autre le comle d'Arlois, et à l'embonpoint de Madame Clotilde.

Piémont; le soir, il y eut au château jeu et appartement, et le lendemain, bal paré où assistait toute la Cour en grande parure. L'avant-veille , l'ambassadeur de Sardaigne avait apporté les présents de noce, au nombre desquels étaient des bracelets de diamants avec le portrait du prince de Piémont; ces bracelets se trouvèrent trop larges, tant en Piémont on croyait énorme la taille de cette princesse. Le 25 août, on donna à Versailles, sur le grand théâtre, le ConnMable de Bourbon^ tragédie très mauvaise comme drame et très singulière comme ouvrage destiné à amuser la Cour : sur le théâtre, les Français fuyaient comme des coquins devant les Espagnols; M. d'Aranda, lui-même, en fut scandalisé; on y disait le diable de Louise de Savoie (1), pour célébrer le mariage delà princesse de Piémont devant nos deux princesses, ses belles-sœurs ; et devant le Roi, on lâchait mille mots hardis contre le gouvernement et insolents contre les rois. On y remarquait, entre autres, celui-ci :

le plaisir, si rarement goûté,

D'humilier un roi dont on fut maltraité.

Tous les regards, à ce moment, se portèrent sur M. de Maurepas.

(i) Louise de Savoie, née en 1476, épousa en 1490 Charles d'Orléans, comte d'Angoulème, dont elle eut deux enfants : François d'Angoulème, plus tard François I*, et Marguerite de Valois; fut régente du royaume pendant la première campagne de François I*' en Italie, en 1515; détourna les fonds destinés à payer les troupes et causa la perte de l'armée de Lautrec en 1522; obtint la condamnation à mort du surintendant Semblançay, accusé de ses propres détournements; flt dépouiller d'une partie de ses domaines le connétable de Bourbon, qui, dit-on, avait refusé sa main, le poussa ainsi à porter les armes contre la France, confia l'armée d'Italie à son amant, Bonnivet, qui se fit battre en 1524; fut de nouveau régente après la défaite de Pavie en 1525, signa la paix des Dames avec Marguerite d'Autriche en 1529, et mourut en 1531.

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