CHAPITRE X
Arrivée de l'empereur Joseph IL — L'abbé de l'Épée. — Visite de l'Empereur aux sourds-mueU. — Son admiration. — Reliques de l'empereur saint Henri. — Correspondance de l'abbé de l'Ëpée avec Joseph IL — Celui-ci persécute les catholiques de ses États. — Abolition de la peine de mort. — Josepho II Imperatori EccUsiœ reformati. — Conférences entre l'Empereur et le pape Pie VI. — M. de Nélis, évèque d'Anvers. — L'abbé Lenfant et l'abbé Beauregard. — Voyage de Monsieur dans le Midi. — Le buste mutilé.
— Procès du maréchal de Richelieu et de Mme de Saint- Vincent.
— Le duc de Fronsac mari de Mlle de Galliffet. — La charmante Grancé. — Le comte d'Artois en Bretagne. — Présentation de mes Discours sur l'histoire de France. — Cromot et de Limon. — M. de Saint-Germain quitte le ministère. — Rappel du comte de Viry, ambassadeur de Savoie. — Le pharaon de la Reine. — Le whist et le trictrac du Roi. — Mairoco. — Mlle Montansier et Mlle Raucourt. — L'affaire du duc de Lorge. — Véi-itahle point de vue. — Procès contre le fils, procès contre le père. — Inanité des décisions humaines.
L'empereur Joseph II (1), fils de l'impéralrice Marie- Thérèse, dont j'ai reçu plusieurs marques de bonté à l'occasion de mes ouvrages, arriva à Paris le vendredi 18 avril 1777, à cinq heures du soir, sous le nom de comte de Falkenstein. Il logea à l'hôtel de Tréville et i
(1) Joseph IL empereur d'Allemagne, né à Vienne en 1741, fils i
de François I* de Lorraine et de Marie-Thérèse d'Autriche, fut !
élu roi des Romains en 1764, succéda à son père en 1765, s'entendit avec Frédéric II pour le partage de la Pologne en 177:2, mais ne gouverna réellement qu'après la mort de Marie-Thérèse, en 1780. Disciple des philosophes du xviii* siècle, il mécontenta ses sujets par les réformes qu'il entreprit, et mourut en 1790.
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mangea chez Tambassadeur de TEmpire, H. de Mercy, qui, la veille, avait été frappé d'un coup de sang. Le lendemain, il était à Versailles de très bonne heure, fit toutes ses visites aux princes et aux princesseis conduit par la Reine, et aux ministres conduit par M. de Belgiojoso. Partout il réussit à merveille : on ne parlait que de lui ; il allait chez tout le monde, cherchait à plaire et à s'instruire.
Je vis l'Empereur pour la première fois le jour de la Pentecôte, au lever du Roi; je le trouvai mieux en homme que la Reine en femme. Il parla à tout le monde, et alla se mettre vis-à-vis de la porte de l'CEil-de-bœuf pour voir passer la procession des Cordons bleus (1). Il fut fort applaudi à l'Opéra, où la Reine le montra au peuple. Le 5 juin, on donna pour lui Castor et Pollux à Versailles, et le mardi 6 il y eut revue du Roi, à laquelle l'Empereur assista malgré le mauvais temps. Je voulais lui offrir moi-même mon dernier ouvrage, mais l'abbé de Vermond intrigua auprès de M. de Mercy, son ami, sans doute àl'insu de la Reine, pour que je ne le lui présentasse pas moi-même. M. Amelot me proposa de le lui remettre en mon nom, mais M. d'Affry me conseilla de l'envoyer simplement avec un mot de lettre.
Dans cette visite que Joseph II fit à sa sœur et à son malheureux beau-frère Louis XVI, un des spectacles qui piquèrent le plus sa curiosité, excitèrent le plus son admiration, fut l'instruction des sourds et muets, entreprise et amenée au plus haut degré de perfection par un certain abbé de l'Épée (2), que j'ai connu, estimé et res-
(1) On appelait Cordons bleus les membres de l'ordre du Saint- Esprit. Cet ordre avait été créé par Henri III, parce que, le jour de la Pentecôte, il avait reçu deux couronnes, celle de Pologne en 1573, puis celle de France en 1574.
(2) Charles -Michel de l'Épée, né à Versailles le 25 novembre