‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 131 sur 307 · AFFAIRE DU DUCHÉ DE LORGE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU DUCHÉ DE LORGE

à cette affaire, dont le vicomte de Choiseul demandait alors le renvoi devant un tribunal ordinaire, car il aurait souhaité que ce ne fût pas le législateur qui examinât ce que le législateur avait fait. Le succès qu'eut mon travail aurait pu me flatter. Les conseils du duc de Lorge l'adoptèrent et le firent imprimer. M. de Maurepas en fut enchanté : il voulut en connaître l'auteur; les autres ministres furent également convaincus, et je voyais avec plaisir que ce mémoire devait faire le sort de cette affaire. Il avait été envoyé à tous les juges, mais M. de Maurepas lui-même conseilla à Mme de Givrac de ne pas le livrer au public, parce qu'il était assez fort pour que le vicomte de Choiseul demandât du temps pour y répondre. Cet écrit mettait en sûreté le principe ancien et inaltérable, qui ne permet pas au législateur souverain de laisser juger sa loi par les officiers qui n'en doivent être que les exécuteurs, et démontrait que le Roi ne pouvait se dessaisir de cette affaire et la renvoyer; il pouvait dire Uérection du duché de Lorge est nulle; mais nul autre que lui n'avait le droit de le dire. Voilà ce que je soutenais, et voilà ce que le Conseil décida, malgré les prétentions du vicomte de Choiseul. Aussi le jugement, rendu au Conseil des dépêches qui se tint le samedi 24 octobre 1777, fut-il un moment agréable pour moi.

La Reine avait sollicité pour la vicomtesse de Choiseul, et elle traita très mal M. Amelot, qui, le dimanche matin, vint lui rendre compte du jugement. La vicomtesse de Choiseul fit^ chez la Reine, une scène au pauvre M. de

été voir Robinet pour lui parler de cette affaire, et je l'ai trouvé bien disposé pour mes amis. {Journal de Moreau^ samedi 19 juillet 1777.) J'ai composé àËclimont un très bon mémoire pour présenter sous son véritable point de vue la grande question qui divise le duc de Lorge et le vicomte de Choiseul. {Journal de Moreau, mardi 23 septembre 1777.)

Sauvigny, et jeta les hauts cris comme si l'affaire était perdue parce que le Roi voulait la juger. EUé sut que le mémoire décisif était de moi; elle s'en plaignit amèrement, tandis que tous ceux qui l'avaient lu me félicitaient : je ne pouvais le nier; je ne sais point mentir, et tout le monde me reconnaissait.

La veille, j'avais passé la soirée chez Mme de Civrac; Madame Victoire y était venue et m'avait complimenté. Je lui dis : « Voilà un procès gagné contre le fils; j'en ai wn. Madame^ contre le père, et il faut que je remporte. » Elle me répondit en riant : « Pour celui^là^ c'est mon affaire. » Je faisais allusion à un mémoire que je lui avais remis quelque temps auparavant et que j'avais également donné aux ministres. Il établissait clairement l'injustice qui m'avait été faite, en 1762, par M. de Praslin; cette injustice était la suite d'une vexation criante que j'avais essuyée de M. le duc de Choiseul. M. de Maurepas avait parcouru ce mémoire en ma présence, et avait beaucoup ri de la note séparée dans laquelle je contais naïvement comme quoi j'avais perdu 12,000 livres pour avoir assisté, une fois en ma vie, à la toilette de la duchesse de Gramont. <f Ceci n'est pas bon à imprimer », fit-il. — « Si peu bon à imprimer^ répliquai-je, qv£ je ne veux pas même vous le laisser, d Au surplus, il trouva ma réclamation très juste et s'engagea à en informer M. de Vergennes, auquel j'écrivis en lui demandant un rendez-vous. Ce rendez-vous, je l'eus le dimanche 25. M. de Vergennes lut tout et examina mes pièces. Je lui disais : u Je ne veux pas de grâce ^ mais jus^tice et justice sévère, » M. de Vergennes convint que les 12,000 livres m'étaient dues, me promit de me faire payer, et, tout en me conseillant d'enterrer cette affaire, il ajouta avec confiance : « Vous ne sauriez croire combien de petites vilenies j'ai eu à réparer de ces messieurs-là^ »

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