DROIT PUBLIC DE LA VILLE ET CITÉ DE PÉRIGUEUX. 30S
m'avait entretenu d'une grande et singulière question de droit public, pendante au Conseil des dépêches, sur les demandes de la ville et cité de Périgueux, qui avait présenté une requête pour obtenir la confirmation de ses droits. Sur cette affaire, lui, abbé Bertin, avait fait des recherches immenses et fouillé une multitude infinie de dépôts. Il s'agissait de fixer l'état politique de cette ville de Périgueux,laqueUe, de toute antiquité, avait joui de la plus entière seigneurie sur tout son territoire, et paraissait s'être maintenue dans l'ancien état des cités gauloises qui, sous les Romains et sous nos deux premières races, avaient eu leurs plaids, et avaient exercé tous les droits de la puissance publique. Il était prouvé que, sous la troisième race, elle n'avait jamais été subjuguée par la tyrannie des grands vassaux, et avait toujours relevé du roi, immédiatement et parallèlement au comte de Périgord.
Cette affaire piqua ma curiosité^ car je n'avais point vu d'exemple d'une semblable possession d'état parmi aucune des seigneuries qui firent alors cesser l'anarchie féodale, et, autant pour m'instruire moi-même que pour rendre service à M. l'abbé Bertin, je me chargeai d'employer les immenses matériaux qu'il avait ramassés, ainsi que ceux que j'y pourrais joindre, et de faire un traité sur la question. J'y travaillai plus de six mois et composai un gros in-quarto, intitulé : Droit public de la ville et cité de Périgueux, ou Exemple unique en France d'une ville qui, pour mieux résister à la tyrannie féodale, fit elle-Mème inféoder sa liberté (1). Alors^ Boucher était avocat au conseil de cette ville; M. l'abbé Bertin, citoyen lui-même de Périgueux, en était le protecteur et aussi le défenseur; Boucher signait parce qu'il était son ami. Boucher mourut comme
(i) N* XXXVII du catalogue des ouyragesdeMoreau.
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on imprimait mon ouvrage; je proposai à mon frère Vormes de le signer, afin de nous éviter de recourir à la police pour l'impression. Il accepta, et je le fis nommer l'avocat de cette ville ; M. de Sudrac en était à cette époque le député. C'est par goût pour l'histoire et le droit public que je défendis la cité de Périgueux contre les prétentions du fisc et les entreprises de la féodalité : je m'étais intéressé aux titres conservés par cet ancien municipe qui, en Allemagne, serait aujourd'hui ville libre et impériale, et j'avais toujours opposé la pluâ grande résistance aux marques de la reconnaissance par lesquelles on voulait payer un ouvrage que je n'avais écrit que pour mon plaisir et par amitié pour l'abbé Bertin. Aussi cette ville, alors si fière d'une seigneurie qui n'était elle-même que la preuve de sa liberté, ne savait comment me prouver sa gratitude : ses citoyens, qui prétendaient être nobles, me proposèrent de me mettre sur leur liste; mais j'étais peu curieux de noblesse et ne croyais pas aux anoblissements. Ne pouvant mieux faire, ils me vouèrent l'offrande annuelle d'un pâté, qu'ils m'ont envoyé jusqu'à la Révolution; et lorsque j'en eus été privé par un décret de l'Assemblée nationale , je reçus de la commune de Périgueux une lettre où elle me rendait un témoignage public et de mon désintéressement et de sa reconnaissance, et où elle déclarait que cette petite redevance ne devait pas être confondue avec ces étrennes que l'on avait décidé d'ôter aux chefs de bureau et à leurs commis.
M. Bertin, ministre, n'avait pas ignoré les services que monsieur son frère et moi rendions à cette ville; mais, rapporteur de cette affaire, il n'était pour rien dans tout cela. Cependant, sous le ministère de M. Turgot, à la suite d'intrigues de Cour, on lui fit des tracasseries et on lui jeta le chat aux jambes sur cette question, et sur