‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 14 sur 307 · PROJETS POUR LE TITRE D'HISTORIOGRAPHE · texte numérisé non relu

PROJETS POUR LE TITRE D'HISTORIOGRAPHE

remettre à M. de Vergennes en lui recommandant le livre et l'auteur.

M. de Vergennes arriva de Stockholm le 21 juillet; je me mis au fait de sa marche , car je re^^us un courrier de Mme de Durfort qui me mandait qu'il était très disposé à m'ètre agréable. Madame Victoire lui ayant parlé de la bonne façon et envoyé mon livre. J'allai chez lui le i" août; il m'accueillit parfaitement, et me dit qu'indépendamment de l'envie qu'il avait de plaire à Madame Victoire, il faisait grand cas de moi, avait lu mon ouvrage à Stockholm, et en avait fort désiré la continuation, sans savoir qu'il dût y concourir. Je lui confiai mes projets pour le titre d'historiographe; il les approuva et m'engagea à faire la feuille sur laquelle il prendrait le bon du Roi à Compiègne, où la Cour se rendait le jour même. J'y partis, de mou côté, huit jours après, et je revis M. de Vergennes. Je fus d'abord enchanté de ce ministre, mais bientôt il me sembla embarrassé, et m'avoua qu'il préférerait que je m'accordasse directement avec son cousin, M. de la Vrillière. Je le priai, cependant, de porter à son premier travail la feuille que j'avais préparée pour être mise sous les yeux de Sa Majesté. Il y consentit, mais son premier commis, Durival, homme plein d'alibiforains, et dont je ne pus parvenir à émousser les épines, m'opposa mille difficultés.

J'en instruisis Madame Victoire ; elle en fut fâchée et parut souhaiter que je ne passasse point par M. de la Vrillière : « // est si bête^ me dit-elle, qu'il ne finira jamais votre affaire. » Puis elle me parla des bontés de feu Mgr le Dauphin, et je lui contai en confidence le service que je lui avais rendu, en 1764, en l'empêchant de se livrer à une très dangereuse démarche que M. de la Vauguyon exigeait de lui. Elle m'entretint aussi des efforts que l'on

avait faits pour diminuer, dans l'esprit du Roi, l'attachement et le respect qu'il avait pour la mémoire de son père : « Mais^ ajouta-t-elle, ils n'y ont pas réussi; mon neveu est essentiellement et foncièrement honnête homme, » Enfin, à mon extrême satisfaction, elle me laissa entendre que les préventions de la Reine contre moi diminuaient.

Le comte duMuy, que j'avais rencontré chez M. Bertin avec monsieur son frère, m'avait également très bien reçu ; il appréciait mon prospectus sur l'histoire de France, avait appris avec grand plaisir que les deux premières races étaient finies, et m'avait promis secours et protection pour publier cet ouvrage, qu'il craignait fort que je ne laissasse là. Peu de temps après, dans un travail avec le Roi, il lui parla beaucoup de moi et le prépara aux ordres qu'on devait lui demander à ce sujet. Sa Majesté était très favorablement disposée; elle lui parut s'intéresser à la continuation de mon travail, et lui dit que, s'il y avait des exemples de deux historiographes de France, elle consentirait à m'en donner le titre. Prévenu de cette intention, je rédigeai la supplique suivante que je fis présenter au Roi :

« Le Roi Louis XIV créa deux places d'historiographes de « France. Il en donna une à Boileau, l'autre à Racine. Depuis 0 longtemps^ il n'y en a qu'une de remplie : elle l'a été succèsa sivementpar Voltaire, ensuite par Duclos; aujourd'hui, elle « l'est par le sieur Marmontel, de t Académie française.

« Le sieur Moreau, Conseiller au Parlement de Proveme, qui^ 0 toute sa vie^ a fait sa principale étude des monuments de notre « histoire, et qui, par les ordres de Sa Majesté et d'après les vues a de feu Monseigneur le Dauphin, est encore occupé à conduire a à sa perfection un très grand ouvrage, qui doit présenter cette « histoire sous un nouveau jour, ose supplier Sa Majesté, quia « daigné agréer la dédicace du prospectus de cet ouvrage entre-

Page 1