II
32i MES SOUVENIRS.
1* qu'immédiatement après la retraite de M. Bertin, je résolus fermement la mienne; 2*> que je voulus être bien sûr que ceux qui rempliraient ma charge après moi la rendraient encore plus utile au gouvernement.
M. de Miromesnil, dont ma place dépendait à la chancellerie, me nomma dans la suite un survivancier, qui prit môme le titre de mon adjoint — c'est ce célèbre Pastoret (1) qu'en 1788 M. Barentin me donna pour successeur, et qui, depuis, a proposé l'apothéose de Mirabeau et fait placer ses cendres au Panthéon. — Je travaillai alors à donner la dernière forme au bel établissement qui, fondé dès 1759, devait à l'avenir indiquer sans cesse à l'administration royale et la loi qu'elle devait suivre et le fait dont la connaissance lui était nécessaire pour appliquer la règle. On jugera un jour si l'on a beaucoup gagné à détruire l'ouvrage auquel j'avais consacré ma vie I
M. Necker, qui, au commencement de 1781 , avait publié son fameux Compte rendu au i)ot, fut accusé dans le Mercure d'avril de la même année, n* 14, page 81, journal de Bruxelles, de faire tous ses efforts pour rendre le roi de France chef d^une république bien dirigée. Je ne soupçonnais point encore ses projets; cette imputation me parut atroce, et
(1) Claude -Emmanuel-Joseph-Pierre, marquis de Pastoret, né à Marseille en 4756, conseiller à la Cour des aides en 1780, maître des requêtes en 1783, directeur général des travaux politiques relatifs à la législation et à l'histoire, ministre de la justice et de Tintérieur en 1790, fit rendre, en qualité de procureur-syndic du département de la Seine, le décret qui transformait l'église Sainte- Geneviéye en Panthéon; fut le premier président de l'Assemblée législative, émigra pendant la Terreur, revint en France en 1795, fit partie du Conseil des Cinq-Cents. Mis sur les listes de déportation au 18 fructidor, il se réfugia en Suisse et rentra en France en 1800, devint sénateur en 1809, pair de France en 1814, président de la Chambre des pairs en 1820, ministre d'Etat en 1826, vice-chancelier en 1828, chancelier de France en 1829, tuteur des enfants du duc de Berrj en 183i, et mourut à Paris en 1840. 11 était membre des trois Académies.