‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 146 sur 307 · MORT DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

MORT DE MA MÈRE

sœur (1) . Nous fîmes partir nos pouvoirs pour la levée des scellés, et je donnai des ordres pour mon deuil et celui de mes gens.

Nous avions été, ma fille Pauline et moi, voir ma mère le mois précédent, et étions restés du 15 au 24 septembre à lui rendre des soins; nous l'avions laissée en très bonne santé. A notre retour, en traversant Joigny, nous avions trouvé des vendanges de l'abondance desquelles on n'avait point d'idée, et, après avoir soupe et couché à Sens chez mes frères , j'étais allé avec eux passer la journée du 25 à Nolon (2), chez le cardinal de Luynes, par qui j'avais été fêté avec la plus grande distinction. Dans ma douleur, le souvenir de ce voyage fut une grande consolation pour moi.

Vers cette époque, je perdis également l'un de mes meilleurs amis, la Gurne de Sainte-Palaye (3), qui depuis

(1) Marie-Jeanne Moreau,néele i^février 4749; elle maitàParis au couvent des Filles Saint-Thomas, et mourut en 4791.

(2) Ayant la Révolution) maison de campagne des archevêques de Sens, située à six kilomètres au nord de cette ville, sur la commune de Guy. La plus grande partie de la demeure seigneuriale des archevêques a été démolie à la suite de la vente qui eut lieu en 4792. Il n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges et la ferme qui s'y trouvait annexée, et qui n'appiartient plus à la mense archiépiscopale.

(3) Jean-Baptiste de la Curne de Sainte-Palaye s'attacha à des recherches sur l'histoire de la langue française et de nos institutions nationales, notamment de la chevalerie; il réunit ainsi plus de 4,000 notices tirées des manuscrits les plus précieux, et laissa une centaine de volumes in-folio que possèdent la Bibliothèque nationale et celle de l'Arsenal. — Lundi 31 août 1780. Nous avons été rappelés à Paris par l'accident arrivé à M. de la Curne : il avait déjà perdu un œil; il lui est venu à l'autre une fluxion considérable, pendant laquelle il était presque perpétuellement assoupi. Au bout de quelque temps, cet œil a crevé; il en est sorti une très grande quantité d'eau et de sang. Les médecins et les chirurgiens, après bien des consultations, ont arrêté qu'on traiterait le mal de manière à refermer la cornée. Tenon, chirurgien, voulait qu'on établit là une suppuration, et qu'on fit parla sortir l'œil entier. Grandjean,

longtemps déjà était très affaibli d'esprit. M. de Bréquigny fut cliargé de classer et de déménager sa bibliothèque, et d'installer ses manuscrits à la Bibliothèque royale. Le comte de Maurepas mourut aussi cette année-là, le 21 novembre. Pendant sa maladie, j'avais composé un mémoire sous ce titre singulier: Est-il utile en France que le monarque se choisisse un premier ministre (1)? Tous les comités de courtisans traitaient entre eux, mais en secret, cette importante question, qu'ils ne considéraient que relativement à leurs intérêts personnels. Ceux qui, après avoir suivi toutes les fautes que fît M. de Maurepas durant sa longue administration, ont ensuite été témoins du règne désastreux de l'archevêque, depuis cardinal de Brienne, et de la toute -puissance de M. Necker pendant les premiers mois des Etats généraux, ne doutent point aujourd'hui que ce fut sous ces ministres et par leurs systèmes que les derniers coups ont été portés à la monarchie. Il est donc prouvé que l'infortuné Louis XVI vivrait encore, s'il n'avait pas donné toute sa confiance à ces deux hommes , également ennemis de la religion de nos pères et du trône de nos rois.

Quiconque ne voudra résoudre ce problème qu'en examinant l'influence que peut avoir sur le bonheur des peuples l'autorité conservée par le prince ou par lui confiée à un premier ministre , ne se décidera que d'après deux faits : 1" Le prince est-il nul et incapable? 2" L'espèce de vizir auquel les intrigues de sa Cour parviennent aie livrer, a-t-îl toutes les qualités nécessaires pour former un excellent roi? Le problème est décidé : c'est le monarque qui, conservant le titre du pouvoir, doit en perdre l'exercice.

oculiste, et Malhouet, médecin, qui n'étaient pas de cet avis, Font emporté et ont bien fait. (Journal de Moreau.) (1) N"* LI du catalogue des ouvrages de Moreau.

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