UN PREMIER MINISTRE EST-IL NÉCESSAIRE
Pourquoi donc, en traitant cette question, osai-je m'élever contre le choix d'un premier ministre? C'est l*» parce que le juste et vertueux Louis XYI ne m'a jamais paru aussi incapable qu'on l'a cru; c'est 2'' qu'en avouant sa faiblesse, je ne voyais autour ^ie lui que des ambitieux, qui ne voulaient prendre sa place que pour être les tyrans de ses peuples, et, sur cela, je crois ne m'étre pas trompé.
Mais pour faire connaître, en ma qualité d'historio* graphe, l'état de la Cour de France à cette malheureuse et déplorable époque, je dirai que si le plus grand nombre des grands laïques et ecclésiastiques souhaitèrent que M. de Maurepas n'eût point de successeur, c'est que presque tous comptaient tirer de la timidité d'un prince qui se défiait beaucoup trop de lui-même un bien meilleur parti que des talents d'un homme juste et sage, auquel il eût donné toute sa confisince. Un très petit nombre de personnes choisies lurent ce mémoire, et je remarquai qu'il plaisait surtout à ceux qui, pendant que Louis XVI laissait entièrement la Reine à ce qu'elle appelait sa petite société, société dont les plaisirs et les amusements étaient étrangers au Roi, crurent s'apercevoir que celui-ci se prenait insensiblement de confiance et d'amitié pour Madame, sa belle-soeur; je les vis tous alors se flatter de partager la faveur de cette bonne, aimable et habile protectrice.