‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 185 sur 307 · II · texte numérisé non relu

II

quaient des devoirs sacrés, dans lesquels il lui était prescrit et très honorable de se renfermer; mais il faudrait avoir aimé la Reine comme elle l'a aimée, pour se faire une idée juste des dégoûts et des chagrins qu'elle daigna me confier, et contre lesquels je cherchai à la cuirasser. En lui payant ici le tribut de ma reconnaissance, je n'ôte rien de la gravité de ce que je rapporterai plus loin sur son compte; j'ajouterai même aux fautes que j'aurai à lui reprocher, l'accueil qu'elle fit à la très imprudente résolution prise à la fin de 1788 (23 septembre) d'assembler les Ëtats généraux. Dieu avait sans doute, dès lors, résolu de punir l'irréligion des princes, les mœurs dépravées du clergé et la licence des peuples, car toute la France avait accueilli ce système d'insurrection qui a amené la destruction. Je ne sais quelle curiosité s'était emparée de tous les esprits; il n'y avait aucun accord dans les motifs, mais les résultats étaient semblables : la Reine^ les princes, le clergé, les grands, le Roi lui-même, se formèrent l'idée la plus agréable d'un changement universel. Ecce nova facto omnia, voilà le cri qui s'éleva à la Cour, et le comte d'Artois ne donna-t-il pas, comme un autre, dans les pièges de ce Genevois dont je vais, dans un moment, rappeler les derniers attentats? Ne vîmes-nous pas ce prince se féliciter de la haute opinion qu'avait de lui cette noblesse qui le regardait comme son chef? Ne signa-t-il pas ce Mémoire célèbre, dans lequel on suppose l'indispensable nécessité d'assembler la nation? Non seulement on voulait les États, mais on insista, et Mme de Polignac ne fitlà-deçsus que répéter le vœu delà Reine, pour qu'ils se tinssent à Versailles. Depuis longtemps déjà toutes les factions s'agitaient; on annonçait à l'avance que telle maison devait être fréquentée par les aristocrates, et donnerait à souper à la noblesse et aux ecclésiastiques; que

Page 1