‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 213 sur 307 · RAPPORTS DE MADAME AVEC MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE MADAME AVEC MARIE-ANTOINETTE

dans la résolution que j'avais prise avant même l'ouver? ture des États : c'était de me condamner à la plus entière nullité; ma visite à M. de Machault» dont j'ai parlé plus haut, et les relations qu'elle m'obligea d'avoir avec nos princes, ont été les dernières démarches nécessitées par ma position, comme le dernier ouvrage par lequel j'ai acquitté ce que je devais à notre ancien gouvernement a été celui que tout le monde connaît : les deux volumes de mon Exposition et défense de la monarchie française.

Je suis bien sûr, car j'en ai eu les preuves les moins équivoques, que Louis XYI a lu tous les ouvrages imprimés et manuscrits que j'ai faits pour lui; mais j'atteste avec franchise qu'il ne m'a jamais parlé, sinon en m' adressant un mot très insignifiant lorsque je lui présentai le dix-septième volume de mes Discours; je dus lui savoir gré de l'effort qu'il fit alors et qu'il avait promis à Mesdames. J'ai longtemps été piqué et humilié de son silence, et ce silence m'a peut-être, dans la suite, sauvé la vie. Ce que je sais, c'est qu'il connaissait la haine que m'avait vouée le parti philosophique.

Le temps qui s'écoula depuis le rappel forcé (16 juillet 1789) par lequel furent réveillées les espérances de M. Necker, est sans doute l'époque de ma vie où j'ai eu le moins d'occasions de prouver à Louis XVI mon attachement et ma fidélité, et c'est cependant le temps où mon séjour à Versailles me fournit le plus de moyens de connaître à fond les véritables causes de la Révolution française, dont on aura quelque jour tant de relations contradictoires. Je me regardais comme simple spectateur des étranges scènes qui se succédaient si rapidement; mais on va voir que les personnages avec qui je me trouvais en relation étaient capables de m'instruire, s'ils

avaient confiance en moi» et de se laisser deviner, s'ils se croyaient obligés de feindre.

Madame, de Tappartement de laquelle j'étais voisin, a toujours été avec moi franche et sincère. Elle me prêtait les ouvrages qui paraissaient ; elle n'augurait rien de bon des événements et prévoyait son retour à Turin ou à Chambéry. Elle daigna même, un jour, me faire part d'une lettre qu'elle avait reçue du Roi son père, et qui me prouva combien ce prince était sage et raisonnable, mais qui me montra aussi combien il se défiait de la sagesse et de la raison des nôtres. Après avoir mandé à sa fille toutes les nouvelles qu'il apprenait sur les vues et la conduite des autres souverains, il ajoutait cette phrase : « Je suis leur aîné à tous^ et je vous confie que je ne fais rien; c'est le parti que je vous conseille de prendre vous-même... attendons. »

Dans ce que je vais dire de Monsieur, je n'entends que faire son éloge. Sa prudence ne lui permettait jamais de se déboutonner en entier. Toutes les fois qu'il s'est agi de mon propre intérêt et de celui de ma famille, il m'a averti, il est venu à mon secours, il m'a même défendu contre des pièges qui m'étaient tendus par des gens faisant profession de lui être attachés. A cet égard, je lui ai bien rendu la pareille : ainsi, lorsqu'il me parla des atteintes que l'Assemblée nationale prétendait donner à la loi des apanages, non seulement je lui développai les principes de cette matière et les rapports essentiels que l'apanage avait avec la constitution de notre monarchie; mais de plus^ comme je n'ignorais pas quel était celui des membres de l'Assemblée qu'il considérait comme le plus zélé défenseur de ses droits, je me crus obligé de lui prouver que cet homme l'abandonnerait et le trahirait même au besoin ; malheureusement je ne me suis point trompé. Sur les moyens généraux de sauver la monarchie.

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