‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 212 sur 307 · II · texte numérisé non relu

II

seulement jalousée, mais quelquefois assez maltraitée par la Reine. EUe m'avait confié les dégoûts qu'elle avait reçus à cette occasion ; elle était tentée de les attribuer à Mme de Polignac, chez qui elle n'a jamais voulu mettre les pieds. Je me souviens très bien de lui avoir justifié la favorite, mais je me suis aperçu souvent que jusqu'à cette effroyable persécution qui, dès son début, s'attaqua aux jours de la Reine, Madame n'eut jamais pour celle-ci ni une grande amitié ni une véritable confiance. Elle m'avait dit : « Vous avez les mêmes torts que nou^^ et elle vous persécute parce que vous nous aimez. »

Cependant, et c'est une justice que je dois à ma princesse, dès qu'elle vit que M. Necker cherchait à détruire la monarchie et que, tout de bon, le peuple, égaré par l'Assemblée nationale, menaçait les jours de la Reine, elle lui rendit pleine et entière justice, et s'attacha à elle avec une tendresse qui m'édifia et un courage que j'admirai. Elle fut plus que fière : elle fut sublime lors des fameuses journées du 5 et du 6 octobre, et dans les confidences qu'elle m'a faites depuis, soit à Versailles, soit à Saint- Gloud ou à Paris, elle ne m'a jamais rien dit qui ne s'accordât avec ce que le cardinal de Montmorency n'avait cessé de me répéter.

Son appartement au château, et plus encore les occasions qu'il avait de voir souvent cette malheureuse reine, l'avaient bien persuadé qu'elle pleurait, en secret et devant Dieu, les égarements d'une époque trop voisine de son enfance. L'abbé de Yermond et l'impie Brienne m'avaient brouillé avec elle à un moment où il m'eût peutêtre été très dangereux d'obtenir sa faveur ; néanmoinis je me sentais pénétré de respect et de pitié pour elle; mais tous les points de contact par lesquels j'aurais pu autrefois l'atteindre, avaient disparu. Je persistai donc

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