‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 218 sur 307 · ORIGINE ET PROGRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE, ETC · texte numérisé non relu

ORIGINE ET PROGRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE, ETC

sur les travaux littéraires dont elle est le centre. J'i^ore s'il en a fait usage; il fut vraisemblablement effrayé des cris tumultueux qui, dans la séance du 14 août 1790, motivèrent le vœu formé par les philosophes pour que je mourusse de faim, sur le reproche bizarre que quelquesuns d'eux me firent, d'avoir vécu trois années de trop (1).

Lors de son entrée au ministère, rarchevéquc de Bordeaux s'était logé à la chancellerie de Versailles, et y avait amené tous ceux qu'il avait attachés à son administration. Voulant procurer à ma femme l'avantage de quitter l'hôtel de Fortisson, je profitai immédiatement de cette occasion pour louer^ dans la rue Dauphine, un petit appartement au premier, qu'il laissait vacant, et où avait habité un de ses grands vicaires.

M. de Poix, fils atné du maréchal de Mouchy, était encore chargé de l'administration des domaines de Versailles, et jouissait des droits qui avaient de tout temps appartenu au gouverneur du château. Le bon de ma retraite me promettait un logement, et il m'était utile de

avantages de cet établissement sont également mon ouvrage. Lepre« mier, datant de 1781, n'est que Thistorique de sa fondation et de ses progrès, ainsi que Texposé fidèle de l'état où il se trouvait au moment de la réunion du cabinet d'histoire et du cabinet de législation, administration et droit public ; il contient aussi le détail de tous les travaux littéraires dont il était alors devenu le centre. Il est intitulé : Plan des travaux littérairei ordonnés par Sa Majesté pour la recherche, la collection et l'emploi des monuments de V histoire et du droit public de France. Le second, publié en 1785, sous le titre de Progrès des travaux littéraires ordonnés par Sa Majesté et relatifs à la législation, à l'histoire et au droit public de France , rend compte des accroissements que cette bibliothèque avait reçus depuis la réunion des cabinets qui la composent, et des nouvelles sources de toutes les richesses qui s'y rendaient de toutes parts. {Note de Moreau.)

(1) Voir le Journal des débats et décrets, n* 386, page 4, chez Baudoin, imprimeur de l'Assemblée nationale; le journal intitulé : rAêsemblée nationale, n» 389, par Beaulieu; le Courrier français du dimanche, n"* 226; enfin le Moniteur, à la même date. {Note de Moreau.)

faire venir à Versailles ma propre bibliothèque, que j'avais toujours compté laisser au Roi et réunir aux deux cabinets d'histoire, de législation et de droit public, auxquelSy pendant trente ans» j'avais été attaché. Or^ pour installer mes livres, dont j'avais plus besoin que jamais, il me fallait un local plus étendu que ce petit appartement de la rue Dauphine. Je le demandai à M. de Poix; le maréchal, son père, et lui m'en donnèrent leur parole, et je pris patience, sans prévoir que, peu après, le château de Versailles fournirait plus de logements vides qu'il n'en eût fallu pour loger toute la suite qui lui restait. Nous habitâmes le petit appartement de la rue Dauphine jusques à Pâques 1790; mais je cessai d'occuper au château l'entresol où Monsieur m'avait placé, dès que le Roi lui-même fut forcé, dans les premiers jours d'octobre, de quitter sa résidence de Versailles.

Mes habitudes étaient alors le maréchal de Laval, M. le comte d'Affry, qui s'arrangeait pour passer l'hiver à la suite du Roi; M. de Castellane, frère de l'évêque de Mende (1) et père du plus enragé des députés; enfin, Mme de Donissan et Mme la comtesse de Chastellux, sa sœur. Mon cœur était chez Monsieur et chez Madame, et je pouvais toujours compter sur les bontés de Mesdames, tantes du Roi. Le S et le 6 octobre dérangèrent tous ces rapports. Il existait déjà, sans doute, un complot pour attirer le Roi à Paris, et transporter dans cette

(1) J.-A. de Castellane, né à Pont-Saint-Esprit le il décembre 1733, fut nommé à révêché de Mende et sacré dans la chapelle du Roi le 14 février 1768; dévoué & la monarchie, il chercha à arrêter les progrès de la Révolution, fut décrété d'accusation par l'Âssemblée législative, le 28 mars 1792, comme auteur des troubles du département de la Lozère et emprisonné. Transféré dans les prisons d'Orléans, il j resta jusqu'au 9 septembre, puis on le conduisit à Versailles, où il fut massacré.

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