LA FAMILLE DE LAVAL A CHAMBOURCT
titude des Parisiens qui avaient pris le même parti avait inquiété la ville de Rouen» qu'on ne voulait plus y recevoir personne, et que l'on parlait même d'en faire sortir ceux qui y étaient déjà. Pour savoir le vrai, il avait dépéché un homme à lui, et l'avait chargé de lui mander, à Chambourcy, s'il devait continuer sa route ou chercher une autre résidence. Nous ne savions que trop bien que Rouen était plein. Mme Quincerot, que j'avais rencontrée au commencement de juillet à l'église du Calvaire, à Paris, m'avait annoncé qu'elle se disposait à s'y rendre, et m'avait nommé une foule de ses connaissances qu'elle devait y retrouver.
Nos amis restèrent avec nous une semaine entière ; ils occupèrent presque tous nos lits de maître. Notre vanité fut flattée, notre amitié fut très reconnaissante; nous fîmes bonne et grande chère à nos hôtes : ils trouvèrent notre séjour charmant. Le cavagnole et le trictrac étaient alors leur occupation perpétuelle, et je ne laissai pas d'observer in petto que, depuis que nous étions devenus suspects à l'Assemblée, nous n'avions point été invités aux voyages d'Ëclimont ; mais tout cela était oublié, et ce fut de tout notre cœur que nous nous livrâmes au plaisir de revoir une famille qui, depuis tant d'années, nous comblait d'amitiés. Pendant sa présence à Chambourcy, on nous apporta la déclaration du duc de Brunswick (1), et
(1) Charles -Guillaume -Ferdinand, duc de Brunswick, fils de Charles de Brunswick et de Charlotte, sœur de Frédéric le Grand, né à Brunswick en 1735, se distingua pendant la guerre de Sept ans, puis dans la guerre de la succession de Bavière et, en 1787, en Hollande; fut choisi, en 1792, pour commander les armées réunies de la Prusse et de l'Autriche contre la Révolution française. Le 25 juillet 1792, il lança ce fameux manifeste où il demandait le rétablissement du pouvoir, des droits et des prérogatives de Louis XVI, et qui ne fit que précipiter la chute de la royauté. 11 pénétra en France au mois d'août suivant ; mais Dumouriez l'arrêta
je me souviens des espérances qu'elle donna à nos amis.
Au bout de huit jours, on apprit» par une lettre de Rouen, que la maison était louée et la résidence assurée ; on se mit en état de partir, et les chevaux de notre ferme conduisirent nos hôtes jusqu'à la première poste. Ce devoir d'hospitalité fut, il faut en convenir, l'occasion et la cause de la plupart des persécutions qui nous ont réduits à abandonner Ghambourcy. Rien n'est comparable aux bruits que répandirent à Saint-Germain, à Versailles et dans tous les environs, ces voitures de nobles et ces brillants attelages dont on faisait suivre la marche par des espions.
Nous avions un jardinier ivrogne et violent, et autour de nous une foule de paysans qui ne cherchaient qu'à nous voler : on prétendit que des émigrés étaient venus déposer chez nous leurs trésors; de même que, l'année précédente, on avait débité mille choses invraisemblables sur la fuite du Roi et des princes, et assuré que nous leur avions donné retraite en passant. Bientôt il nous fallut payer très cher cette si agréable huitaine où nous avions joui de nos amis de l'hôtel de Laval, et même les petites imprudences de 1791. Dès cette année-là, notre maire terrier, Montaigu, successeur de Grousillac, et le procureur de notre commune, Vincent Bourgeois, nous avaient sommés de faire placer sur le chemin de Mantes une croix qui se trouvait enfermée dans notre propriété avant
dans TArgonne, le battit à Valmy et l'obligea à accepter un armistice. En 1793, il reprit ToffensÎTe, yainquit Hoche à Kaisersiautem ; les succès de Pichegru contre les Autrichiens le forcèrent à battre en retraite, et il résigna son commandement en i794. Rappelé à la tète de l'armée prussienne en 1806, il perdit contre Davoust la bataille d'Auerstœdt, et, son duché ayant été envahi par les troupes françaises, il dut se retirer & Ottensen, non loin d*Altona, où il mourut peu après des suites d'un coup de feu qu'il avait reçu dans les jeux.