‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 242 sur 307 · J£ PRÉSENTE MON GENDRE À TOUS MES AMIS · texte numérisé non relu

J£ PRÉSENTE MON GENDRE À TOUS MES AMIS

ses affaires à Paris, allait et venait; il acheva de nous prouver combien il était digne de la main de ma fille.

Pour les mettre tous deux en état de régir un jour avec avantage notre domaine, je commençai par présenter mon gendre à tous les amis qui me restaient. A Paris, le maréchal de Laval était le plus cher ; je n'avais d'autre maison que la sienne dans les fréquents voyages que j'étais obligé d'y faire. Je nommerai ensuite M. de Joubert, trésorier des Ëtats du Languedoc, et autrefois président d'une cour souveraine dont j'ai été longtemps député ; M. le président d'Ormesson et son cousin, l'ex-ministre; le malheureux et bienfaisant M. de la Porte, les du Lau, les d'AUemans, et tout ce qui avait fréquenté notre agréable retraite de Yille-d'Avray; enfin la maréchale de Noailles, qui demeurait toujours à l'Abbaye -aux-Bois, et qui, sur sa figure, se prit de goût pour lui. A Saint- Germain, il était recommandé par la duchesse de Duras à son oncle, le maréchal de Noailles; je le menai chez lui, et jusqu'au moment où la révolution de 1792 nous ôta toute espérance de sauver le Roi et acheva d'accabler le pauvre maréchal, la société et l'hôtel de Noailles furent le centre de toutes nos relations.

Bientôt, cependant, et surtout après que le marquis de Noailles (1) fut revenu de Vienne y habiter avec sa famille^ nous ne nous dissimulâmes point le danger que nous pouvions courir en laissant soupçonner, entre eux et nous, trop d'intimité; nous fréquentâmes alors plus assidûment

(i) Emmanuel-Marie-Louis de Noailles, d'abord appelé marquis de Monclar, puis marquis de Noailles, second fils de Louis, maréchal de Noailles, et de Gatherine-Françoise-Charlotte de Cossé, né le 42 décembre 4743, fut chargé en 1778 de notifier au cabinet de Saint-James le traité d'alliance entre la France et les États-Unis, devint ambassadeur à Vienne, conserva ce poste jusqu'en 1792 et mourut en 1822.

l'hôtel d'Harcourt, où logeaient Mme de Novion, M. de Nicolaï, son gendre, et les enfants de Mme de Brassac» ses petits*enfants. Notre ami, Tabbé Gros, était Tâme de cette société, et il a rendu à la pauvre présidente de Novion les soins de l'ami le plus tendre et le plus fidèle. On sait que ces Nicolaï, si riches, achetèrent pour plus de cent mille écus des biens dont on dépouillait l'Église. Le maréchal de Noailles n'en acheta que pour cent mille livres; et pour faire vivre sa maison, il vendis pour cent mille francs de tableaux.

Mme Moreau continuait à s'occuper de la culture de sa terre, adorée de tous ceux dont elle s'aidait dans son administration ; mais nous projetions d'aller, immédiatement après les moissons, goûter quelque repos à Versailles. On se préparait à celles-ci, lorsque, le 18 ou 49 juillet, nous reçûmes du maréchal de Laval une lettre par laquelle il nous avertissait que, obligé de quitter Paris, il comptait aller s'établir à Rouen avec sa femme, vieille et languissante, et toutes les personnes que nous connaissions commensales de l'hôtel de Laval. Il nous demandait à dfner pour le 2i, et nous prescrivait même le menu convenable au régime de la pauvre maréchale; ils devaient voyager dans deux voitures : l'une était celle des femmes, et l'autre, la sienne et celle de sa suite. Le domestique était nombreux à l'avenant; la caravane devait séjourner chez nous tout le 21 , et, le 22, continuer sa route par le nouveau chemin de Mantes.

Enchantés de leur donner l'hospitalité, nous nous tinmes prêts à les recevoir. Ils arrivèrent à point nommé dans un pays et dans un moment où il ne pouvait passer un grand seigneur qu'il n'excitât les alarmes du peuple. En descendant de carrosse, le maréchal nous apprend que, depuis sa lettre écrite, on l'a prévenu que la mul-

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