‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 249 sur 307 · LE MAIRE DE PARIS PÉTION · texte numérisé non relu

LE MAIRE DE PARIS PÉTION

ses sujets. Ce ne fut pas sans projet et sans motif que La Fayette, aux approches de cette horrible scène, recula d'horreur et de crainte, et tint à être absous de l'accusation formée contre lui par les jacobins. C'est le dernier jour qu'il se soit montré à Paris, où ni lui ni les chefs de la conjuration qui se donnaient alors tant de mouvement pour égarer les peuples, ne reparaîtront jamais.

Le plus fourbe, le plus perfide entre ceux-ci fut le maire de Paris, ce Pétion qui, le 9 août, eut avec ce roi qu'on devait emprisonner le lendemain une conversation de quarante minutes, afin de concerter, dans le plus grand détail, les mesures propres à assurer la tranquillité de la capitale (1). Qu'est-il devenu, ce Pétion? Que sont devenus ce Manuel (2), ce Brissot, ce Marat, et cette nombreuse multitude de pétitionnaires par lesquels on faisait tous les jours demander la déchéance du Roi? Où sont aujourd'hui tous ces dénonciateurs qui, tantôt avec l'évéque du Calvados, Fauchet, réclamaient que l'on fît des visites domiciliaires dans le palais des Tuileries pour y enlever les armes destinées à égorger le peuple, tantôt avec Pastoret et Robespierre, accusaient la famille royale, d'appeler en France des armées étrangères? Une chose digne de remarque, en effet, est que, de tous ces conspirateurs qui n'aspiraient qu'à briser le sceptre ou qu'à assassiner le Roi, afin de régner eux-mêmes après avoir renversé la monarchie, il n'en était aucun qui ne se

(1) Journal de Paris de 4792, n» 222. {Noie de Moreau.)

(2) Louis-Pierre Manuel, né à Montargis en 1751, d'abord doctrinaire, fut enfermé à la Bastille pour pamphlet irréligieux, en sortit plein de haine contre la royauté, fut nommé, en 1791, procureur de la commune de Paris, et, en 1792, député à la Gonyention, demanda la déchéance de Louis XVI et son incarcération au Temple. Devenu suspect, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, et envoyé à Téchafaud le 14 novembre 1793.

flattât de lui survivre, et qu'aujourd'hui il n'en reste presque aucun. Les uns l'ont précédé sur l'échafaud, les autres l'y ont suivi après l'y avoir envoyé, et s'il existe encore quelques-uns de ces monstres, il n'en est pas un qui ne voulût livrer tous ses complices» s'il pouvait par là acheter l'avantage d'être à jamais inconnu dans sa patrie (i).

Je placerai ici les vers par lesquels, le 1" janvier 1793, je souhaitai la bonne année à ma femme :

On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Ses dieux, sa maîtresse et son roi; Ces vieilles leçons étaient bonnes Et pour Lafontaine et pour moi.

Hélas t tout change dans la vie :

Louer les dieux est une archifolie, Et, sous peine de mort, il faut bl&mer son roi î 0 ma maîtresse, ô mon unique amie.

Je ne yeux plus louer que toi.

Le 31 mai 1793 (2) fut une époque mémorable dans la lutte des montagnards et des girondins; ce jour- là, vingt-neuf d'entre ceux-ci furent mis en arrestation dans leurs maisons. Le 3 octobre suivant, soixante-treize ou soixante-quinze de ces représentants du peuple furent également arrêtés : quelques-uns se sauvèrent ; tout le reste fut emprisonné. Je me trouvais alors à Paris, et c'est la dernière fois que je vis chez lui le maréchal de

(i) Il manque ici un certain nombre de feuillets du manuscrit : nous ignorons s'ils ont été volontairement retirés ou simplement égarés.

(2) Cet événement, qui est plus connu sous le nom de 31 mai, s'accomplit en réalité le 2 juin.

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