DESTRUCTION DU PARLEMENT DE PROVENGE
ciraient, et me promit de saisir toutes les occasions de faire revenir la Reine de ses préventions. Elle m'assura qu'elle avait lu Mes Sou/venirs avec grand plaisir : « Je sais maintenant votre confession, ajouta-t-elle, et je suis en état de votis défendre. Je vous ordonne de vous bien divertir; cela est essentiel pour votre santé, et comptez que tout ce qui vous cause de la peine se dissipera. »
Je lui racontai que, par la destruction du Parlement de Provence (1), j'allais être privé de 5,000 livres de rente, mais que je ne serais jamais inquiet de la perte de ma fortune : a Est<e que vous pensez, me dit-elle, que l'ancien Parlement va revenir? Je ne puis le croire; tout le monde en parle, mais mon neveu m'a affirmé qu'il ne reviendrait jamais. » Je lui répondis : « Pour moi, je ne le croirai non plus que quand je le verrai. » Elle daigna ensuite convenir avec moi que, si je subissais quelque perte ou essuyais quelque disgrâce, je le lui conûerais, qu'elle proposerait elle-même au Roi ce qui me serait avantageux, et que je ne solliciterais le ministre que quand elle aurait la parole de Sa Majesté. Elle me remit alors mon Mémoire historique, me répéta encore qu'elle en avait été très contente, et je lui dis en le reprenant : c Hélas î ces Souvenirs que vous me rendez périront, mais il y en a un d'immortel dans mon cceur : c'est celui de vos bontés ! »
(i) 27 nocembre 1774. — L'abbé Gros est ici depuis quelque temps. Il va tous les jours à la découverte, et revient chaque soir me dire que tout est perdu pour notre compagnie, et que nous redevenons Chambre des comptes. {Journal de Moreau.) — En 4775, on rétablit en effet l'ancien Parlement et l'ancienne Cour des comptes de Provence, et Ton accorda à chacun des membres de celle-ci une pension de i,000 livres, dont ils jouirent jusqu'à la Révolution. Moreau reprit donc son titre de conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Provence^ et conserva sa charge jusqu'en i7S5.